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Les pensées de fin d’année

l'écriveur

Les pensées de fin d’année

J’aime bien finir une année. C’est comme finir un roman, une histoire, un film… ce moment des derniers jours où tu n’as pas encore fait le bilan, où tu ranges un peu les choses avant d’ouvrir un nouveau chapitre…
Tout le monde dit que cette année fut difficile.
On dit cela souvent. J’ai beaucoup vieilli. Cela adoucit. Je suis comme ces draps de coton, usés et qui ont ainsi gagné en extrême douceur mais peuvent se déchirer à tout moment au moindre geste un peu brusque.
Le visage de la mort est encore flou mais je sens souvent son souffle dans mon cou. Je n’en éprouve pas de tristesse mais il me reste des choses à terminer pour être content.
Je vivrais donc pour ces choses à terminer espérant ne pas être envahi de détails idiots.
Comme on perd du temps à balayer sa maison, cuisiner, laver son linge et comme ces taches ancillaires rythment pourtant la journée et la parfument en vous retenant de penser à tout ce qui vacille !
Ce matin, c’est coutume, la chatte m’a réveillé trop tôt. Elle a ses aventures à vivre de toute urgence dans le jardin et l’exercice de cette liberté qui lui appartient malgré tout l’amour qu’elle peut avoir pour nous.
Elle nous aime, elle reviendra, mais il faut qu’elle sorte.
Comme il faut que je vous échappe en écriture, que ça sorte, que ça se crie sans bruit, que je m’évade et défriche librement ce que j’ai à défricher et et déchiffrer de cet immense territoire qu’est ma vie.

Ce matin encore je pensais à deux ou trois choses futiles.
Il y a un an, achetant une automobile avec un léger sentiment de culpabilité, je m’étais dit, “choisis la bien c’est sûrement la dernière”. Puis avant hier, achetant un téléphone, “choisis le bien et modeste, il devra durer aussi longtemps que possible”.
Puis je pensais au fait que je déteste téléphoner. Aussi bien parce que je trouve insupportable de déranger les personnes que de l’être. Il faudrait écrire aux gens pour leur demander si on peut les appeler tel jour à telle heure afin de pouvoir se préparer au mieux à ce moment.

A contrario, j’aime beaucoup être dérangé par le facteur. Plus sûrement encore que le médecin, le facteur accède à mon intimité et je ne lui en veux pas, même s’il apporte quelque facture, car il lui arrive encore d’apporter quelque lettre ou message, écrite ou écrit à la main, alors c’est un délice.

De tous les regrets que je peux avoir des époques de ma vie passée, c’est celui des correspondances. J’ai beaucoup écrit, on m’écrivit beaucoup. Même si je n’ai pas conservé toutes les lettres. Et rien n’est plus intime et délicieux que de s’écrire. Je voudrais cela que les gens s’écrivent et m’écrivent et que je leur réponde… La lettre que l’on glisse dans la boite, bonheur suprême. Tu ne sais pas toujours si l’autre a déjà reçu, s’il te lit, te répond et ce bonheur d’attendre une lettre, d’en découvrir l’arrivée discrète dans la boite ou de la recevoir des mains généreuses d’un facteur…

Un bon facteur identifie toujours les lettres d’amitié ou d’amour, les bonnes nouvelles, il le sait et il est heureux comme tout lorsqu’il est ce messager positif qui relie les humains. Il sait qu’il est formidablement utile.

Aussi je conserve pour le facteur et toute cette corporation amitié et respect.

L’écriture numérique, le courriel, le mail… ne m’apportent au contraire que fort peu de joie. Il y a trop de douleur dans une impatience soumise à la technologie et une froideur incapables de relier l’échange aux sens comme sait le faire une lettre manuscrite qui donne à voir les élans du geste, la couleur de l’encre, l’odeur de l’encre et du papier, le toucher et la couleur de ce papier… et tout ce que l’on savait glisser dans l’enveloppe souvent choisie avec soin comme le timbre, une herbe ou fleur séchée, une image, une photographie, une mèche de cheveux…

Rien n’est plus touchant comme geste d’amitié ou d’amour que la lettre manuscrite, la véritable lettre postée qui ignore le numérique.

Lorsque j’avais quinze ans, dix-huit ans, mais encore quarante ans, j’ai toujours beaucoup écrit. Un jour, une personne aimée et qui m’aima, me montra toute la correspondance que j’avais pu lui envoyer en quelques mois et qui remplissait des boites à chaussures…

Puis les choses se sont taries et j’ai versé dans la modernité, dans ses travers, dans ses urgences et je m’y suis bien plus usé qu’à laisser couler l’encre.

Il parait que des écrivains comme Amélie Nothomb, écrivent encore à la main, à l’encre.

Tu vois, dans mes pensées de fin d’année, je n’ai pas parlé de tout ce qui agite le monde. De ces mouvements de balancier, de la liberté menacée, ici même en France, du progrès redevenu un combat quand l’injustice devient à ce point criante et que les imbéciles hurlent avec les loups, avec les forts, contre les fragiles.

Mais ils sont là, mes préférés. Les fragiles, ceux qui acceptent de l’être et ne se croient ni les meilleurs, ni les plus forts. Parce que les plus forts deviennent vite les plus bêtes et les plus méchants.

Je m’autocensure beaucoup ces jours derniers. Je publierai ce message imparfait. Je vais me préparer un thé brûlant, nourrir le chien qui attend, vaquer aux taches, compter mes douleurs, attendre mon amour, marcher peut-être le long de cette plage dont les vagues farceuses ne manquent pas de venir me mordre affectueusement les chevilles…

Douce fin d’année !

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