Les mots du jeune Edgar Morin, 100 ans

Juste avant son anniversaire

Il aura bientôt 100 ans, l’œil reste vif, l’accent chante et les mains volent dans l’air. Que j’aimerais savoir être si jeune et allant à son âge. L’aventure et la gourmandise de lire et d’apprendre le monde, ça conserve. Il a publié une soixantaine de livres, j’en ai combien ici ? Une vingtaine ?

Je suppose qu’il y aura des grincheux croyant utile de nous prévenir de toute idolâtrie, nous rappeler que le Morin fut mille fois récupéré, détourné, que sa pensée complexe a pu servir à légitimer l’inacceptable ou justifier des idioties …

Mais il n’empêche que ce monsieur dit le siècle qu’il a traversé, il a marché en pensant, il a lu, il a agit et rencontré souvent d’autres personnes formidables et je n’ai pas attendu de le voir hier soir à la télévision pour apprécier son travail, savoir ce que je dois à son œuvre qui a souvent fait évoluer mes propres représentations.

Son apparition d’hier soir fut d’autant salvatrice, malgré les questions parfois étranges de celui qui l’interrogeait, que j’avais fini ma journée sur le versant morne de la colère comme un paranoïaque se sentant cerné par le poison réactionnaire et la bêtise…

Une moisson de citations

Rien de pire que des citations extraites de leur contexte et qui parfois peuvent juste flatter notre esprit sans alimenter vraiment la réflexion.

Au fil de la soirée j’ai noté certaines, souvent elles-mêmes déjà écrites dans les livres d’Edgar Morin.

J’en ai posé ainsi au fil de la soirée sur Twitter :

J’aime beaucoup aussi

Une aventure individuelle et collective

Edgar Morin a cité nombre de romans qu’il a pu lire pour y apprendre à mieux comprendre les hommes. Il a évoqué la question de la réussite, de l’espoir, de la mort ou du risque pour l’humanité de ne pas savoir choisir le bon chemin… il dit ce qu’il a à dire, acceptant les errements mais toujours convaincu de la possibilité d’un espoir… malgré le risque du tragique dont on perçoit que la crainte le traverse…

Et tirant parti des circonstances mêmes les plus tragiques pour en faire l’opportunité de se transformer pour construire du progrès, la résilience qu’il propose n’est pas acceptation passive mais un engagement de la prise de conscience individuelle à l’action collective. Sans naïveté mais sans cynisme. C’est cela la sagesse…

Et le problème de l’époque c’est qu’elle cède souvent au cynisme, à la colère ou au ressentiment. L’enjeu à mes yeux sera de savoir passer chez nous, de la société de communication où le buzz commande à la société de coopération…

Comme il est dommage que cette idée de coopération soit si absente des discours et des projets politiques. Coopérer suppose de savoir faire ensemble non en sacrifiant les plus faibles pour les nantis mais en partageant le pouvoir et les responsabilités….

Accepter nos identités multiples

L’identitaire, le patriotard, le macho ont peur de la multiplicité des identités qu’ils portent en eux. Morin rappelle déjà la double identité née des familles paternelle et maternelle. J’ai vécu cela comme un tiraillement mais mon identité s’est en effet construite au gré des lieux où j’ai vécu, des rencontres.

Je sais que j’ai souvent été frustré , notamment dans ma vie professionnelle autrefois, de devoir endosser un costume qui ne permettait de me présenter aux autres que sous un prisme réducteur. En ce sens la poésie m’a sauvé par sa force mystique, l’émerveillement, le droit d’être soi, tissé de métaphores alliant le sacré et le profane. Mais je sais aussi qu’au final, en tentant d’être avec et non “par-dessus”, j’ai réussi à dire mes valeurs au travers des différents métiers que j’ai pu exercer … jusqu’à ce point de rupture, il est vrai , mal compris, où il était devenu impossible de nier ces valeurs sous prétexte de porter les mensonges d’un autre supposé être le grand manitou de mon organisation (il s’incarne aujourd’hui comme ministre dérisoire des cerceaux, de la manipulation toxique, du mensonge). Il y a des moments où il faut vivre et non survivre… et après tout c’est plutôt chouette malgré la crise actuelle de pouvoir secouer le cocotier des certitudes, s’ébrouer, se remettre en marche et se transformer…

La liberté de sa propre lecture à l’aune de son expérience

On interprète souvent une pensée à la mesure de ce qui nous arrange mais parfois nous parvenons à décaler le point de vue, regarder les choses un peu autrement.

Il faut juste oser aller à la rencontre de l’imprévu.

Ça commence au jardin quand je guette la nouvelle fleur née dans la nuit. Je suis émerveillé, un coquelicot a trouvé le moyen de naître dans la pierre de la margelle du puits… cela se poursuit lorsque je décide de prendre un autre chemin que “l’habituel” ou mieux encore lorsqu’au détour de l’un de ces chemins, , saluant l’inconnu, s’ouvre une conversation prélude d’une amitié fugace ou peut-être qui va s’inscrire dans la surprise de l’histoire de nos vies.

Edgar Morin fut interrogé autour de la question du hasard … j’aime à penser qu’il constitue un ensemble de circonstances favorables à ce que naisse une opportunité heureuse, la chance étant cette herbe sauvage capable de pousser dans la faille entre pierre et goudron. Nos failles sont nos chances. Elles donnent à voir qui nous sommes vraiment et si parfois on cède au pire, le génie humain peut nous traverser tous . A la condition de savoir rester toujours indéfectiblement humain, avec éthique et attention

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