Les bribes de poèmes …

Je ne me souviens pas vraiment des poèmes que j’appris à l’école même si je garde une amitié particulière pour Maurice Fombeure et et Maurice Carême. J’ai longtemps su réciter des vers de Victor Hugo ou de Corneille appris en classe de cinquième. Le cahier de poésie était mon préféré.

Plus tard, le hasard me fit découvrir d’autres poètes.

Quelques uns de leurs textes furent et restent des pierres blanches sur mon chemin.

Les paroles les plus douces et les plus sûres qui soient pour me guider, m’éclairer ou me consoler. J’ai donné dimanche une lecture de cinq poèmes que je lis et qui me reviennent souvent. Les poèmes sont des rencontres, des histoires d’amour. Il n’y a rien à théoriser. Chacun s’invente son florilège.

Ce qui m’épate pourtant, c’est comment au hasard d’une journée, un détour dans une boutique, la traversée d’une forêt, une tasse de thé avec un ami, des bribes entières de poésie reviennent. Mieux qu’une prière, des sortes de lumières. Des fenêtres ouvertes dans le quotidien. Quelque chose qui relie l’intime au dehors.

Que veut dire mon cerveau lorsqu’il me renvoie ces signes qu’il a scrupuleusement mémorisés sans que je ne lui demande rien ? Certaines chansons poétiques reviennent de la même façon. Un bout de Jacques Bertin, une strophe d’Anne Sylvestre, un refrain de Colette Magny.

Ces réminiscences, ces retours, ces citations intimes, ces petites allusions, voix intérieures douces, parfois drôles ou tendres n’ont rien à voir avec la nostalgie triste mais plutôt un accompagnement. Je marche dans la vie, dans la ville ou la campagne, accompagné de ces bruissements d’ailes, ces mots chaleureux…

C’est la tête qui parle au cœur.

Lorsque je fais l’amour, ce pourrait d’ailleurs être un envahissement gênant, cela n’arrive jamais. Alors ce sont plutôt des couleurs, des images, des paysages colorés qui s’ouvrent. Je fais l’amour en cinémascope mais tout occupé à la rencontre de l’autre, je n’y mets aucun mot. C’est le seul moment je crois de la vie. Là, c’est une sorte de collecte pour plus tard même si tout ne se dit pas, tout ne s’écrit pas, tout ne devient pas poème…

Mais ces mots, ces bouts de vers ou de poèmes, j’aime la façon dont ils me surprennent en réapparaissant mine de rien. Et derrière eux, il y a le souffle du poète. Ce souffle qui vole au dessus de la page. Une parole qui s’est élevée au dessus du livre. Le poème retenu par l’écrit redevient de l’oralité. Il est ce va et vient entre l’écrit, la mémoire, la parole et parfois il se réinvente.

Ces bribes, ces morceaux, ces images de mots, ces boutes de poèmes qui me reviennent me définissent à moi même plus sûrement qu’un autoportrait. Une sorte de grand poème intérieur, un fleuve coule en moi, ce sang qui charrie ce que je suis, ressens, mes espoirs, ce flot intime et secret où je suis libre.

Car le poème est source de liberté et d’émancipation.

C’est bien la raison pour laquelle le fasciste n’aime pas le poète. Car il sait bien que la poésie vaincra et reviendra toujours, espoir vaillant et source de paix.

Le poète le plus désespéré laissera toujours cette trace de Vie. Contre la Mort.

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