Auray, Morbihan, France (Union Européenne)
site@vincentbreton.fr

A’xiste pas !

l'écriveur

A’xiste pas !

Tu te souviens de la Môme néant de Jean Tardieu ?

Mais je ne veux pas te parler de ça.
Aujourd’hui, si un enfant m’interroge à propos du Père -Noël, “tu crois qu’il existe ? ” et si les plus grands questionnent la possibilité mathématique qu’en une nuit, il vienne seul tout distribuer, je lui ou leur réponds :”A-ton ou votre avis ?

De peur de ne plus recevoir de cadeaux, certains enfants m’ont confié à l’école , “laisser croire à leur parents qu’eux y croyaient encore … alors qu’en vrai, plus du tout…”.

Un peu comme si les plus naïfs de l’Histoire n’étaient pas ceux que l’on croit.

Mais je n’ai jamais favorisé ou entretenu ce mensonge.

Cela tient à mon expérience personnelle, ma première vraie colère.
Cette histoire s’est passée il y a cinquante-cinq ans, elle aura marqué ma vie.

J’avais quatre ans. On m’avait laissé croire cette histoire d’un Père Noël distribuant des cadeau à tous les enfants.
Comme j’étais sage, on m’épargna la bêtise du père Fouettard.


Car débarquant dans les rues de Paris illuminées et décorées à la veille de Noël, admirant les vitrines des grands magasins, goûtant la bonne odeur des marrons chauds… je découvris atterré qu’il n’y avait pas un mais des dizaines de Père-Noël.
Et puis je voyais bien ce qui était dans les vitrines.

Intimement je les trouvais, laids, rigolards et vulgaires mais surtout je compris que des types se cachaient derrière ces fausses barbes et surtout je me répétais : s’il y en a tant, c’est qu’il n’en est aucun.

J’ai fait une chanson là dessus.
Je me vois très bien réalisant le mensonge. Choc insupportable !

Je suis rentré à l’appartement. Une jeune tante m’avait accompagné. Ma mère eut droit à une belle colère.

Ce n’est pas tant que le Père Noël n’existe pas qui m’avait déçu. D’une certaine façon j’étais rassuré que ce ne soit qu’une fable, non ce qui m’avait écœuré aux larmes c’est que l’on me mente, que l’on me prenne pour un idiot avec cette sombre histoire.

A partir de ce jour là, non seulement j’ai détesté Noël mais surtout je n’ai plus fait confiance aux parents et aux adultes en général. J’avais affaire à de grossiers menteurs. Des menteurs qui me croyaient indigne ou incapable de comprendre cette vérité

La bonne chose peut-être, c’est que je me suis lancé à corps perdu dans la lecture et très vite l’apprentissage finalisé, je lisais tout ce qui me tombait sous les yeux. Cherchant la vérité tout en adorant les histoires. Le rêve ouvre des portes, le mensonge les ferme.

Je me souviens encore un peu plus tard d’un Noël pitoyable où j’avais surpris mes parents jouer avec nos cadeaux avant de nous les donner. J’ai toujours détesté être mis à l’écart.

Cette question des cadeaux fut souvent difficile. Je sentis assez vite que l’on faisait dans la famille des cadeaux plus par obligation qu’autre chose, déçu non pas de la valeur de ces cadeaux, mais de cadeaux qui montraient que l’on ne me connaissait pas. Trop impersonnels ou “à côté de la plaque” comme on dit.

Le pire, c’était les livres “pour mon âge” que l’on s’évertuait à m’offrir dans ma famille paternelle … alors qu’il y avait bien longtemps que je les avais lus.

Plus tard, jeune collégien, comme je suis né en décembre, j’avais le droit de choisir si c’était plutôt un cadeau pour Noël ou mon anniversaire et de choisir ce cadeau… J’ai encore de beaux trente-trois tours de cette époque !

Mais vraiment , cette histoire de Père-Noël, ce mensonge, comme je l’ai trouvé humiliant et comme alors les adultes m’ont affligé !

Peut-être bien que je dois au Père-Noël mon goût de la vérité, une certaine aptitude à ne pas me laisser manipuler.
D’autres choses encore ont contribué à renforcer chez moi mes sentiments agnostiques et libertaires !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :