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La dictature du stress

Nous vivons une période de transition. Dans la société de consommation encore dominante, la modernité apparaissait source de progrès matériel. En occident, les acquis sociaux nous semblaient “aller de soi”. La société médiatique, sous l’effet de la révolution numérique, nous fait vivre un film accéléré fait de scénarios catastrophes. Le risque du stress est de nous empêcher d’agir à bon escient, la peur étant “mauvaise conseillère”.

Les dangers agités comme des chiffons rouges

J’en prendrai trois emblématiques. Ils sont le moteur de courants de pensée qui nous agitent et nous opposent.

Le réchauffement climatique

Certains le minimisent pour le nier et préserver un modèle économique du profit à court terme. D’autres le voient dans la moindre journée un peu chaude. Des experts font des prévisions qui nous semblent parfois tenir plus de la prédiction. D’autres imaginent de nouveaux modèles… Il n’en reste pas moins que c’est une sorte de danger en fond de toile, mondial mais pas forcément palpable dans le concret ou le quotidien de chacun.

Danger sourd. Les individus prennent conscience de l’intérêt de modifier leur mode de vie. Pour beaucoup, la sobriété est vue comme une régression. Les très pauvres eux n’aspirent qu’à un minimum vital…mangeur d’énergie. Les États ne parviennent pas à mener des actions décisives tant le pouvoir de l’argent domine.

La situation semble désespérante en cela qu’elle rend possible la fin de l’humanité et l’émergence de crises terribles dont des déplacements de population imposés par le climat. On notera que paradoxalement ceux qui minimisent ou nient le plus ce réchauffement climatique, sont ceux qui s’opposent le plus aux mouvements de population faisant le choix de la guerre comme solution (on disait autrefois “ah ! une bonne guerre leur ferait du bien!)

Les crises sanitaires

La pandémie de la COVID et son feuilleton de vagues successives nous font aussi perdre la mesure.

Entre ceux qui minimisent ou d’autres qui hurlent à la moindre apparition de variant, on observe le même asservissement.

On réagit à chaud. Les médias amplifient. Les états improvisent des réponses simplistes. Les virus sont priés de s’arrêter aux frontières.

Ici encore on renvoie l’individu à sa responsabilité propre. La vaccination devient nécessaire pour accéder à un ensemble de services et de biens “culturels” au sens large du terme. Les états “compliquent” la vie des citoyens mais n’osent pas les soulager d’une décision difficile à évaluer, en rendant la vaccination obligatoire.

Les voix qui demandaient la levée des brevets sur les vaccins restent peu relayées. Les états n’osent pas s’opposer au pouvoir économique. On peut faire l’hypothèse qu’ils pourraient avec profit unir leurs moyens tant pour la recherche que la production. L’intérêt collectif passe après celui des grandes firmes privées.

Cette crise alimente les défiances, elle divise, elle isole. Pire encore, elle nous “habitue”. On nous prévient déjà qu’après ce virus d’autres viendront.

Ceux qui hurlent à la dictature sont à côté de la plaque. Ceux qui voudraient nous faire porter des masques y compris en pleine nature tout autant. Ce sont deux formes de conformismes. Maintenir une attitude fondée sur la rationalité est difficile avec ce danger invisible. Les contempteurs auront trouvé dans l’attitude infantile des responsables politiques délaissant les gestes barrière de quoi nourrir leur alacrité.

Qui travaille sur le long terme à la recherche des causes profondes de telles crises ?

Comment faire pour qu’elles ne deviennent pas un instrument du pouvoir pour ne rien changer ?

Nous avons vu au passage grâce au “quoi qu’il en coûte” que l’État dispose de leviers financiers. Ces leviers pourraient justement être utilisés en faveur des infrastructures fragilisées par une politique d’économies à courte vue.

Peut-on s’en tenir à réagir a posteriori commandés par la peur et l’urgence ?

Les migrations vues comme un danger

L’histoire de l’humanité aura toujours été faite de déplacements, de rencontres, d’installations…

Les conflits sont nés assez vite du fait de l’appropriation de biens obtenus par le travail, l’héritage, la guerre ou le hasard. Le commerce et les échanges culturels ont été facteurs de paix. Pour autant l’asservissement des faibles aux puissants par l’esclavage ou un travail permettant à peine de subvenir aux besoins essentiels à placé une immense part de l’humanité dans une situation dramatique.

La guerre reste pour beaucoup une réponse…

Ici encore, certains préfèrent agiter les peurs et proposer des mesures à courte vue. On croit défendre son bien alors qu’on ne fait qu’attiser les rancœurs. Les intégrismes s’alimentent. Le terrorisme devient le sinistre allié des réactionnaires.

On cherche des réponses défensives, a posteriori. On ne construit pas de projet avec les intéressés. Plus encore, on en fait des ennemis pour s’éviter de penser autrement.

Accepter la complexité, agir sur les causes, transformer par la coopération…

Dès lors qu’un responsable politique prétend que la réponse à un problème est simple, on peut commencer à s’inquiéter…

Dès lors qu’on propose plus de sanctions, de lois répressives,de verrous, de murs, d’interdits… il y a lieu de se demander si on agit sur les causes des problèmes.

Nous ne pouvons nous laisser seulement commander par les conséquences d’un scandale si nous n’avons rien fait pour agir sur les causes. Il est souvent nécessaire de changer de paradigme.

Préférons-nous que le monde change ou qu’il meure ?

L’humanisme n’est pas un sentiment naïf. C’est au contraire une démarche courageuse de dépassement de soi. La rencontre de l’autre enseigne. L’éducation favorise l’émancipation. C’est bien pour cela qu’elle est refusée notamment aux filles par les intégristes. C’est pour cela qu’un certain nombre de conservateurs imaginent des parcours “courts” de formation pour les travailleurs manuels priés de rester dans leur ghetto culturel.

C’est par le dialogue avec les religions qu’elles peuvent s’ouvrir et céder de leur pouvoir non en les stigmatisant pour exacerber le pire en elles. C’est en donnant le goût et la possibilité de la liberté et de l’autonomie à l’individu que celui-ci osera se libérer de la doxa de son groupe ou de sa communauté.

C’est en attisant nos ressemblances et la liberté d’être soi même et de changer tout au long de sa vie que nous pourrons favoriser la coopération.

Car la coopération, l’entraide, la solidarité quoiqu’en pensent les grincheux, sont les seuls moyens possibles pour dépasser durablement les crises. Mieux que ça, la coopération est le moyen positif et constructif de faire d’une crise un levier de progrès.

L’Histoire pourrait nous aider alors en nous éclairant. Il n’existe pas d’homme providentiel, surtout s’il fonde son projet sur le ressentiment ou la restauration d’un monde souvent fantasmé. C’est par la mise en réseau, les actions collectives qu’il doit être possible d’agir et limiter les peurs toxiques mauvaises pour chacun et la collectivité.

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