J’aime tant la langue française…

Polémique

C’était ce matin. J’ai peut-être vexé une personne. Faute avouée est-elle vraiment à moitié pardonnée ?

Je n’avais pas prévu de vous parler de ça mais je ne veux pas oublier l’incident.

C’était sur Twitter réseau bien connu pour sa convivialité et son aménité. Nombreux commentaient un article du Figaro évoquant la lente agonie du passé simple.

Tout le monde abondait dans le même sens, je n’ai pas manqué d’y aller à mon tour évoquant l’impérialisme éhonté du présent de l’indicatif employé à toutes les sauces mais surtout assorti à l’usage un rien abusif du “on”.

D’aucuns tentaient d’expliciter le rôle du passé simple, d’autres proposaient une analyse sociale, culturelle quand, c’était inévitable, comme mus par un réflexe, certains s’en prenaient avec une virulence bien sentie au “nivellement pas le bas” qu’il soit intentionnel ou simplement le fait d’un laxisme généralisé. D’aucuns réussirent à parler des vilains gauchistes.

Nous ne rappellerons pas ici que le français fut longtemps langue seconde dans de nombreuses campagnes, quand il était compris, ou que de tout temps il s’est trouvé de belles plumes pour défendre une langue victime de déréliction et de trahison… non… mais où ai-je fauté ?

De fait s’associant au chœur consensuel, l’un des intervenants ajouta sa touche soulignant quelque chose comme “la décadence de l’époque et la responsabilité du petit écran“. Restant poli, je fus perfide, abondant dans son sens mais en le renvoyant cependant au fait que son propre message comportait trois erreurs.

Il le retira sans mot dire.

En défense !

Il faut être armé pour critiquer.

Oui, il m’est arrivé d’avoir été confronté à l’appréciation cinglante de l’enseignant barrant de rouge l’écrit d’un élève en travers de la page et à grosses lettres, tout en mettant en exergue l’aveuglement causé par sa colère et une faute alors aussi terrible et humiliante pour le correcteur que des parents revanchards n’allaient pas manquer de souligner à leur tour. L’arroseur arrosé.

Il faut être prudent quand nous faisons la leçon !

Et se faire corriger peut tout de même éprouver notre sens de l’humilité. Je me souviens d’un collègue qui ne manquait jamais de pointer la moindre erreur de frappe dans mes écrits publics , j’avais le sentiment d’être pisté…

Oui, la langue mérite d’être défendue ! La française comme les autres !

Nombreux prétendent qu’il s’agit d’un trésor qu’ils veulent garder jalousement.

Mais enfermé dans son coffre, caché à la vue du plus grand nombre, quel intérêt ?

D’aucuns voient dans l’anglais un danger pour le français… mais cet anglais commercial, cet anglais international, cet anglais du numérique où même les accords basiques ou la conjugaison sont martyrisés, c’est une langue “utilitaire”, certainement dénaturée et l’anglais lui même mérite d’être défendu comme toute langue.

D’aucuns peu habitués à certaines sonorités sont persuadés que notre langue sonnerait mieux ou serait plus riche que d’autres… ils oublient alors les nombreux emprunts que le français fit ici et là . Et comme il est joli d’entendre une américaine dire qu’elle va à un rendez-vous.

Une histoire d’amour

Défendre une langue, défendre la langue française c’est bien sûr et surtout l’aimer et la pratiquer. C’est puiser dans le riche lexique et les sons, c’est partager.

Anne Sylvestre peu de temps avant de disparaître, nous a emmenés débarouler dans les champs de coquelicots.
Pennac le dysorthographique fut rangé au rayon des cancres et travaille le dictionnaire ouvert.

Je me souviens d’une classe d’élèves de 8 ans avec laquelle nous avions lancé une collection partagée de mots délicats. Je vois encore les yeux éclairés de la petite Fanny, les organisant et les rangeant avec la passion d’une entomologiste. Les enfants avaient trouvé des mots rares, aux sonorités souvent étonnantes.

Mais les mots ne se clouent pas sur une planche. Ils doivent se parler tôt et dans leur richesse… et en action et dans les histoires et les livres…

Combien je remercie ma mère de ne jamais nous avoir parlé avec ces mots abêtissants qu’on croit nécessaire d’employer avec les bébés.

Les bébés en savent bien plus long que nous ne le pensons. Il n’est pas utile de leur parler un sous-langage simplifié.

les dictionnaires sur l’étagère

Je suis très âgé mais j’aime aller fouiller encore du côté des antiques dictionnaires à la maison. Le bon vieux Littré de 1874 et ses amis Gaffiot et Bailly qui ne sont pas loin.

Sur la même étagère une carte de Colette Magny qui date de 1990. Comme elle les défendait bien les mots, n’ayant pas peur du cri !

Mais c’est vrai que je n’achète plus comme autrefois le dictionnaire de l’année…

Peut-être y reviendrais-je.

Sans sombrer bien au contraire dans la préciosité ou le langage ampoulé, j’aimerais bien qu’une attention soit portée à langue parlée sur les plateaux par les journalistes ou les politiques, il serait formidable que l’on retrouve sur les réseaux sociaux l’art de la nuance, le souci du mot juste…

Car la langue n’est pas seulement riche ou source de beauté, elle ne vient pas seulement apporter la richesse de ses nuances, elle est source de paix et de justice, elle aide à penser, à nous penser, à nous relier…

Les mots ne meurent pas

La langue sert aussi à combattre ou réduire l’autre à coup d’anathèmes , d’étiquetages qui finissent par enfermer… Le langue peut être toxique si elle sert juste pour anéantir l’autre…

La langue qui vit, qui respire, qui bouge et traverse les siècles, cette langue porte aussi le souffle de l’Histoire humaine. Ce n’est pas un drapeau une langue, ce n’est pas un étendard, ce n’est même pas un territoire, c’est un objet de partage…

Je termine avec cette anecdote, vous la connaissez peut-être. Depuis le début des années 2000, on entend encore la jeunesse et plus seulement celle des quartiers employer le doux nom de “daron”. Il me semble – vous vérifierez- que Céline l’employait dans les années trente avec le sens actuel… ce qui ne nous dit pas le saut entre Céline et la Seine-Saint-Denis, mais on retrouve déjà au XIIIème siècle ce terme de daron.


Je vous laisse le lien vers deux sources et les explications…
https://www.caminteresse.fr/culture/pourquoi-les-jeunes-appellent-ils-leurs-parents-des-darons-1171195/

Cet exemple, loin d’être le seul nous montre que les mots ne meurent pas, si certains tombent en désuétude, rien n’empêche de les dépoussiérer, les faire sortir du musée, voir comme ils sonnent et s’ils changent un peu de sens, ce n’est pas très grave….

Certains parlent avec trop peu de mots mais chaque milieu ou groupe, je n’aime pas tellement le mot communauté, recèle des richesses qu’il ignore. La langue des voyageurs aux sonorités si parlantes met tant de vécu dans ses mots, nombre de métiers ont une langue savante qui m’est vite étrangère… et ce dont les mots ont besoin c’est de circuler, de vivre et bouger sans être jugés.

Normes énormes et nous ?

L’orthographe est intéressante quand on fait parler l’histoire des mots à travers elle, quand on montre en quoi elle peut aider à mieux comprendre de quoi on parle et comment s’articule la pensée.

Ce n’est pas la norme ou la bienséance qui sont en cause… L’orthographe dit ce que l’on comprend d’une langue. Apprendre la conjugaison ce n’est pas tenter de tout savoir par cœur, mais comprendre pour mieux mémoriser comment les choses se sont construites… il faut un peu démonter la machine pour découvrir que c’est peut-être moins compliqué qu’il n’y parait.

La grammaire impertinente” de Fournier ou sa déclinaison de Yak Rivais nous rappellent qu’on peut aussi s’amuser pour comprendre et mémoriser.

Quelque soit la place que nous occupons, si nous l’aimons cette langue, au lieu pousser des cris d’orfraie en précisant aux plus jeunes qu’il ne s’agit pas d‘or frais ou de hurler au scandale, demandons nous simplement, ce que nous faisons et comment pour l’aimer et la faire vivre…

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