Et si on se souvenait de la non-violence ?

Il y a un sentier côtier magnifique qui mène au village de Saint-Philibert. C’est en admirant hier les voiliers qui se croisaient paisibles sous le doux soleil de cette fin de printemps, que je pensais à ces images, images de plus, images encore, qui donnaient à voir des manifestants énervés sur lesquels tapaient des policiers non moins énervés.

Je suis assez inquiet – litote – de noter que des policiers puissent repousser vertement et physiquement des élus de la nation ceints de leur écharpe tricolore, je m’inquiète de voir des syndicalistes secoués, malmenés, mis à terre et tout autant attristé de voir comment on réprime aujourd’hui certains mouvements … je trouve que souvent ces images nous renvoient à d’autres, bien anciennes, qu’on aurait cru révolues dans un pays démocratique…

Les forces de l’ordre semblent souvent céder à l’ordre de la force, celle qui ne cherche pas à comprendre et tire plaisir évident de cette autorisation à agir ainsi au nom de l’État au risque de la réponse disproportionnée. Il n’est pas bon que le ressentiment habite ceux qui devraient être les gardiens de la paix. Il faudra travailler vraiment sur les causes de ce ressentiment.

Ado, je me souviens dans mon lycée, avoir été l’un des meneurs d’une grève que nous avions organisée à l’époque à la fois contre les mesures d’un ministre du giscardisme finissant mais surtout pour obtenir de meilleures conditions de vie à nos copains de l’Internat et du lycée pro. J’avais seize ans et avec les copains nous avions tenu à ce que notre grève soit calme, sans débordements et nous avions même organisé des cours parallèles. Je me souviens de ces premières luttes comme de l’un des moments les plus formateurs au lycée. Il y avait des discussions dans l’amphi, nous faisions des exposés préparés avec soin devant parfois plus d’une centaine de copains, personne ne désertait pour faire l’idiot. Une fraternité vibrante nous animait et cette expérience nous souda et vint nourrir de belles amitiés. Nous avions tenu les profs à l’écart comme les partis politiques, nous étions d’une sagesse exemplaire qui désarçonnait le proviseur très remonté contre nous et qui cherchait par tous les moyens à nous provoquer. Nous avons obtenu ainsi des avancées et le respect étonné de nos profs. Nous étions beaux et idéalistes.

Lorsque nous avions manifesté, sagement, traversant la ville, la police avait su rester en retrait et nous régulions les déplacements tranquillement…

Aujourd’hui aurions-nous réussi à tenir nos troupes ? La police serait-elle restée en arrière ?

J’ai connu plus tard des manifs où des idiots jouaient à provoquer la police. Les gros bras de la CGT ou du PCF , souvent les mêmes, savaient contenir les troupes et en général, il n’y avait pas trop de soucis.

Les choses ont dégénéré notamment au temps de Charles Pasqua . Rude souvenir de l’Église Saint-Bernard et des sans papiers délogés par la police au petit matin. Un peu plus tard, nous rendant à pied du côté de l’hippodrome de Vincennes, ce qui faisait une trotte, les policiers n’avaient pas hésité à envoyer leurs gaz lacrymogènes alors qu’il y avait des femmes avec des poussettes. Dans la nuit tombée, je voyais les fusées rougeoyantes tomber jusque dans l’hippodrome où les chevaux se cabraient et hennissaient de douleur et de panique.
Il y eut plus tard ces manifs où disait-on, le ministre qui avait ses réseaux avait laissé des bandes de lascars venus juste pour casser et renverser des voitures. Bon prétexte alors pour les autorités qui pouvaient jouer sur les peurs et sortir les matraques…

Tout n’était pas rose et paisible donc, mais malgré tout dans la plupart des cas, on pouvait aller manifester sans avoir le sentiment de risquer de prendre des coups ou de perdre un œil.

Le pouvoir n’est pas neutre. C’est à lui de tenir ses troupes.

Dans le même temps et c’est pour cela que le souvenir de mon passé de vilain activiste lycéen m’est revenu, je suis convaincu qu’il y aurait du côté des manifestants beaucoup à gagner d’une part en restructurant de véritables services d’ordre et d’autre part en s’inspirant des techniques éprouvées (il y a quand même des exemples célèbres) pour s’imposer par la non violence.

Il faut transformer la colère en créativité, ne pas forcer, ne pas répondre : souvent un bon sit-in y compris silencieux vaudra mieux qu’une échauffourée. Il faut demander la négociation, en appeler à l’opinion publique et les moyens ne manquent pas….

Cela suppose que celles et ceux qui veulent manifester et faire reconnaître leurs droits travaillent cela préalablement.

Il me semble que si les forces de l’ordre alors, ne pourraient plus réagir de la même façon… Non ?

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