Ce gosse est idiot !

Combien de fois ai-je entendu cela…

Dénigrement

Parfois c’était la mère désabusée qui aurait renié son gamin à cause de ses difficultés.

Un père qui pensait que le gamin tenait ça de lui… qui avait été “mauvais” à l’école… “On est idiots de père en fils, pas faits pour l’école”…

D’autres parents quand il y avait des jumeaux :”son frère a pris toute l’intelligence, lui…”

Pire encore, un collègue, au moment où l’on constituait les classes pour l’année suivante : “celui là tu n’en feras rien ! il est idiot ! “

De la petite phrase agacée échappée par mégarde, à la sentence répétée, combien j’ai vu d’enfants prendre au pied de la lettre ce dénigrement.

Plus tard, je fus souvent attristé aussi lorsque, le compte-rendu d’un examen psychologique dans les mains, un “mauvais QI” limitait soudain les attentes d’un parent ou d’un maître.

Enfants blessés

Et j’en ai croisé des mômes inutilement blessés, saccagés même, par ces formulations définitives, cette mise en compétition permanente, ces comparaisons…

Je me souviens de discussions animées quand il fallait convaincre des enseignants qu’en éducation prioritaire, il y avait autant de “précoces” qu’ailleurs. Et parmi les “idiots”, “les violents” … combien masquaient-ils leurs compétences ?

Je n’oublierai jamais S. jeune pré-délinquant de cours moyen, capable du pire, qui “hurlait” les résultats de problèmes complexes sans poser le moindre calcul, les pieds sur la table.

Ou le regard quasi lunaire, presque “ahuri” de P. incapable de prendre jamais son cahier dans le bon sens, nul en grammaire ou en calcul… mais spécialiste en Histoire.

Ou M. gros loulou mi bébé mi ours qui à 12 ans ne savait pas lire et qu’il fallut mettre en piste. Il ne croyait absolument pas en lui tant l’entourage ne le percevait que comme une sorte de gros lourdingue…

Ou dans cette école la petite K, enfant trisomique, découverte ne marchant pas, et qui a 8 ans apprit à parler et remonter la pente de l’idiotie dans laquelle on l’avait enfermée…

Et les loulous de SEGPA tellement en quête de petits signes d’attente, d’encouragements et une fois motivés capables de mener à bien des projets formidables… mais quand les fondations restent fragiles, quand la vie familiale est saccagée, dur, très dur pour eux…

Mille nuances d’idioties, mille histoires.

Une année, il s’en est fallu de peu que je ne me retrouve “orienté” en filière courte, parce que j’étais trop grand pour mon âge et timoré dans un collège où je venais d’arriver.

Il faut si peu de choses pour détruire un enfant, que ça bascule.

L’éducabilité toujours !

L’éducabilité de chacune ou chacun a toujours été ma conviction intime, jamais démentie.

Il faut accepter que tous n’entrent pas dans le moule, il faut les aimer dans leur différence, dans leur fragilité et leur proposer de rencontrer le savoir parfois autrement.

C’est souvent un sacré défi et j’admire ces enseignantes et ces enseignants qui ne renoncent jamais à croire dans cette personne souvent étonnante qu’on leur présente. Mais trop souvent à fleur de peau, enfant blessé, inutilement humilié…

Des révélateurs des obstacles cognitifs !

Souvent ces “idiots” parce qu’ils butaient lourdement sur certains obstacles, m’ont permis de mieux comprendre ce qui peut bloquer dans un apprentissage. Un élève sans souci apparent semblera s’adapter et surmonter… mais si tu creuses un peu tu découvres que nombre de connaissances mériteraient d’être mieux explicitées.

Je leur dois tellement à ces enfants. Pour peu que l’on prenne le temps de leur parler, de poser sa chaise à côté d’eux, on apprend énormément …

Encourager encore !

Pour peu qu’on commence à les encourager un peu et encore , à voir en eux des progrès, alors les voilà capables de se mettre en marche et de se transformer.

Je n’oublierai jamais non plus le petit K, plutôt brouillon, que j’avais vu danser comme un chef dans les rues de Paris, que j’avais félicité. Un peu plus tard, notant une pâle amélioration sur son cahier, je vis l’enfant vouloir tout reprendre et s’engager en classe alors que je n’avais même pas mis en place un “soutien” particulier.

Ce que je dis là, cette empathie nécessaire, ce refus de la compétition… c’est aussi ce que ne parvient pas à comprendre un ministre dont le modèle de référence n’est pas celui d’une école publique et inclusive mais qui regarde avec condescendance ceux qui selon ses propres critères n’ont pas réussi… mais c’est une autre histoire n’est-ce pas.

Bref, ce sont tous ces souvenirs qui ont inspiré le podcast Idiot imaginé aussi pour les enfants.

1 réflexion sur “Ce gosse est idiot !”

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