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L’escargot

Au jardin, ce matin
Ce matin, au jardin

A l'heure sèche d'été
Où avant l'aube crue
Les aiguilles de l'horloge picotaient mon dos

Cette heure où la nuit reste imperturbable
Alors qu'il faut se mettre en équipage

Cette heure aveugle où le paysage est muet
Cette heure où j'erre encore à tâtons
Avant le thé brûlant
Avant la première bûche au feu
Avant la buée de ton haleine sur mes paupières

En cette heure de parfaite solitude
Où j'allais au jardin, le pied nu
Dans l'allée noire sous un reste de lune

A mon insu
J'ai commis le crime

La plante de mon pied
A senti se briser
Le biscuit qui croustille
De la coquille
Du jeune escargot

Au plaisir surprenant de ce qui craquelle et se brise
Le corps gluant de la limace
Irréparable crime
Est venu mouiller ma peau
Et s'y coller gluant et visqueux
Mourant sans un cri
Mourant sans un adieu

Et me voici d'autant plus coupable
Que mon pied éprouva ce plaisir fugace
Lorsque l'on casse
Comme un œuf
La fragile carapace
De carbonate de calcium

Et lâchement me suis enfui
Sans un regard sur ta vie brisée
Ne cherchant pas à te sauver
Jeune escargot écrabouillé
Secret baveux
A la plante nue et émue de mon pied
Droit

avril 2021 ©Vincent Breton

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