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Rester fidèle à son enfance,

l'écriveur

Rester fidèle à son enfance,

Vincent et sa mère en 1963

Il y a des gens, tu cherches en les regardant, c’est impossible de voir l’enfant qu’ils étaient.
Beaucoup d’entre eux sont déguisés en adultes. Ils se sont costumés ainsi comme s’il fallait gommer absolument toute part d’enfance en eux, de spontanéité, d’élan, de possibilité d’être soi même. Ils sont habillés de conventions.

C’est comme si leur cerveau était régi par une sorte de bureaucratie interne, faite de normes et de principes. Des principes qui prévalent sur tout et n’acceptent ni invention, ni question…
Ils sont dans la posture.

J’imagine que ça permet parfois de fonctionner sans trop s’interroger sur le sens de la vie.

Ils font parce qu’il faut… parce qu’on leur a dit que c’était ainsi et pas autrement.
Se souvenir de l’enfant que l’on était et des espérances que l’on portait… Si on était capable de ça, de temps en temps. Comme on va boire à la source, comme des retrouvailles et puis aussi pour interroger notre propre fidélité à nos rêves d’enfant, à notre façon d’être.

Lorsque je “monte” à mon bureau aujourd’hui, sous le toit, je retrouve les sensations que j’éprouvais quand petit garçon, je grimpais dans le grenier pour y lire, y inventer des histoires, déployer de grandes cartes sur le sol…

C’était un peu le “quartier général”. Les amis d’enfance m’y rejoignaient avec bonheur avant nos escapades pour aller chercher des framboises, explorer les sentes où jouer à être des orphelins pendant la guerre. C’était avec F. notre jeu préféré. Nous montions dans la vieille Quatre-chevaux et nous partions au bout du monde, seuls puisque nous étions délicieusement orphelins, mais merveilleusement solidaires et fraternels, fuyant le pays en guerre pour explorer des déserts lointains. On en a fait des voyages. Heureusement, nous avions regardé les grandes cartes des déserts avant de partir.

Déjà petits, nous savions que certains adultes, pas tous heureusement, pas ceux qui savaient nous raconter des histoires, que certains adultes donc, n’étaient que des vieux cons, des espèces de pantins automates, menteurs pathétiques, qui agitaient leurs bras avec saccades, faisant des sermons idiots au nom de principes qui étaient autant de branches sèches et mortes dans leur vie.

Et ils nous ennuyaient bien avec.

Un adulte qui fait tout pour cacher son enfance n’est qu’un automate, une parodie. Il n’est pas seulement triste et ridicule, il est mortifère. Un vrai “tue l’amour”.

Je me disais ça l’autre jour, en écoutant distraitement le premier ministre. Ce type qui est plus jeune que moi, d’une puérilité sans nom et qui pourtant fait tout pour masquer l’enfant qu’il était. Si vieux que je ne le vois qu’en noir et blanc.

Ces gens là doivent se haïr le matin dans leur miroir. Non pas à cause de leur physique, ça n’a rien à voir, mais à cause de leur incapacité à être fidèles à leurs rêves d’enfant. C’est un vrai et douloureux handicap.

Une réponse

  1. Garcia dit :

    J adore! Merci Nathalie

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