tulip

Pour écrire

Lorsque je dois m’approprier une nouvelle machine, un nouveau clavier, c’est comme lorsque je prends en main un nouveau stylo. Je l’essaye. Je roule avec. Je passe les vitesses, je tente une pointe… Je ralentis, j’essaie quelques courbes, des mises en page…

La bonne inspiration

Mais l’inspiration, surtout l’inspiration poétique doit patienter. On ne se met pas à la table en disant : « je vais vous écrire un bel et bon poème sur commande ».

Quoique parfois, par jeu, en posant un cadre, une règle, un contour, les mots viennent et osent habilement se glisser subrepticement.

On pense avoir un trait de génie, c’était un lieu commun. Au mieux une réminiscence.

On tente une voie. C’est un chemin sans issue, embroussaillé.

Alors, on fait demi-tour.

Un arrière-fond de musique peut vous aider… comme vous bercer dans une lancinante illusion.

Pour écrire, il faut écrire…

Pour écrire, il faut écrire. L’inspiration suivra.

Le texte est une boule de pâte, de la terre d’argile qu’on tente de faire monter sur le tour. Le bel effet ! Puis tout s’effondre, ou soudain, vous l’avez votre bel objet !

La poésie n’est pas là pour faire joli

Mais on n’écrit pas pour faire joli ! Surtout de la poésie.

La poésie qui veut se faire jolie donne les tableaux hideux et convenus des galeries vulgaires de Honfleur.

La poésie c’est le jet de salive qui brille un instant dans le soleil. Mais gare au crachas que le vent renvoie en pleine figure !

La sale humeur du Monde

Il faut que j’apprivoise ce clavier. L’humeur du Monde est sale. Une salle d’attente. Une révolution sourde qui ne vient pas. Une épidémie joue en fond sonore. La guerre imbécile dézingue des pauvres gens. Mais on n’écrit pas pour chouiner.

Les yeux dans le ciel

Il pleuvait dehors. Soudain, j’ai le soleil dans les yeux. Je ne vois plus le clavier, à peine l’écran. Je pourrais déplacer l’ordinateur, ne pas laisser le bureau face à la fenêtre. Mais j’aime voir le ciel, les oiseaux qui escaladent les nuages. La canopée qui reverdit.

Le ciel bouge tout le temps. Il est nerveux. Passe du métal d’or à l’encre violette. Le ciel est agité et sent l’océan. Il y a parfois cette odeur d’algues jusque dans le jardin.

Le vent a arraché les fleurs des camélias qui parsèment la terrasse. On dirait qu’un mariage a traversé le jardin laissant ses confettis après la fête.

Pour écrire, il faut écrire. Comme pour le vélo. Il ne suffit pas de penser qu’on va grimper sur son vélo. Il faut grimper sur son vélo. S’éprouver à la côte. J’hésite parce que je suis trop faible physiquement à acheter un vélo à assistance électrique. Mais j’aurais une petite honte à afficher la faiblesse de mes muscles.

Une écriture ça se muscle. Ce nouveau clavier n’est pas encore assez souple. Je me heurte aux touches. Elles sont bruyantes. J’ai pourtant pas loin un autre clavier que je pourrais attribuer à cette machine mais j’ai l’envie de dompter celui-ci quitte à y éprouver mes phalanges.

Écrire c’est physique, écrire c’est précis. C’est affaire de bons outils, de bonne police, de sûreté de l’orthographe.

J’ai tant d’écrits qui dorment. Cette pièce qui attend que je la relise, me moque un peu d’elle, la triture avant de vous la donner.

Revenir aux bons romans

Il faut aussi pour bien écrire que je revienne à la lecture de romans capables d’élargir mon horizon. Que ça voyage. Qu’on m’évite ces expositions de nombrils. Il faut une histoire.

En ce sens, je reste très dix-neuvième siècle. Je crois bien que j’aurais aimé vivre à la fin du dix-neuvième siècle. Juste avant les grandes catastrophes. Quand la science faisait encore rêver.

L’attente

Mais la France attend le jour de l’élection. Les gens se regardent. Qui ira, qui n’ira pas ? Et parmi ceux-là qui seront dans la file devant moi dimanche, combien voteront pour des salauds, combien de graines de collabos ?

L’inquiétude empêche d’écrire. Je voudrais être lundi. Je voudrais avoir passé le deuxième tour et les élections qui suivront. Mais je pense aux troubles qui pourraient suivre…

Pourtant, on a eu notre ration de troubles, d’inquiétudes et même de haines.

L’écriture demande de la concentration, de s’abstraire du Monde.

La chatte m’invective et veut sortir de toute urgence. Comment voulez-vous que j’écrive si on me dérange sans cesse ?

Je relis tout ça et je publie.

N'hésitez pas à laisser un commentaire !

Retour haut de page
%d blogueurs aiment cette page :