Auray, - Morbihan, France (Union Européenne)
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Des souvenirs d’enfance

sans honte ni orgueil

Des souvenirs d’enfance

Pontoise (musique de Vincent Breton)

Je n’ai pas rapporté d’images de la maison où je vécus autrefois enfant, quelques années.
Je viens de la revoir…
Je n’ai pas de véritable maison d’enfance, pas de racines, pas de lieu pour dire ce serait « la maison » où j’ai vécu petit…
Je suis retourné sur les lieux, presque furtivement.


Cette maison n’était pas la mienne mais celle d’arrière-grands-parents maternels. Le monsieur était mort quelques mois après ma naissance, l’arrière-grand-mère était partie finir sa vie seule à Nice et la maison vide et immense, nous l’occupions avec ma mère et ma sœur. A peine un peu plus de trois ans avant de rejoindre un appartement « moderne »…
Nous n’étions en quelque sorte que passagers provisoires dans cette maison qui nous accueillait « en attendant ».

Lorsqu’on disait autrefois d’une personne « il vient de Pontoise« , ce n’était guère un compliment. Dans les années soixante, c’était à quelques minutes de Paris une vieille ville non sans charme mais un peu sale et triste. Une ville qui ruminait sur elle-même, sans réelle énergie.
Les bruissements de mai 68 ne vinrent que l’effleurer.
La ville a conservé quelques uns de ces traits, on voit « ses potentialités », mais elle a toujours quelque chose d’un peu usé et de délaissé.
La ville nouvelle voisine de Cergy, ville sans cœur, est venue la manger et l’a éteinte… On dit « Cergy-Pontoise », mais il n’y a pas de centre vivant et reliant à ces bouts rajoutés autour de bretelles d’autoroutes et de routes à quatre voies disparates…
Cinquante ans après, beaucoup a changé mais les souvenirs sont aisés à revenir. J’étais passé il y a quelques années, mais il reste facile de s’orienter et de réactiver la mémoire.
Le 7 est devenu le 25. La sente est bien goudronnée.
Là, où face à la maison, il y avait de jolis jardins maraîchers, d’autres maisons sont venues se coller.
La maison voisine des B. est fermée. Un autre nom à la boite aux lettres. Maison plus modeste et provinciale avec ses cages à canaris et S. et ses cheveux coupés courts. J’allais parfois y jouer.
Le corps de « notre » maison est resté préservé. Haute, avec ses pierres, ses recoins, « la buanderie » où il y avait un lavoir, le garage immense et son atelier… Je me souviens de la chambre où je dormais et du lit qui grinçait, de la petite salle de bains, nous avions parfois froid, de la cheminée, de la pluie, de l’immense chambre de ma mère dans la partie rajoutée de la maison – et tous ses livres qui l’entouraient et qui m’accompagnent encore- ou du grenier où nous étalions d’immenses cartes du Monde avec F. .. une belle maison habitée aujourd’hui par des gens aisés.


Le jardin était immense et magique avec les pivoines… je n’ai pu voir si elles étaient encore là – j’aimais y plonger la tête – ou le grand cerisier. Les copains de classe venaient remplir de grands paniers, la récole étant abondante.
La pelouse, les arbres… le grand potager délaissé…
Le jardin était un vaste territoire pour les enfants. Il faisait l’angle entre deux chemins se croisant… mais à présent un bon tiers du jardin a été cédé pour y bâtir une nouvelle maison et rétrécir l’espace.
Une autre sente plus haut, où nous allions cueillir les framboises parmi les ronces est devenue un lotissement. La maison en ruine et sans vitres, habitée par le vieux Gaspard qui nous faisait peur , « Viens ! on va relever les pièges à loup » , où il entassait tous les vieux papiers qu’il trouvait dans la ville a disparu depuis longtemps sûrement… comme la cabane sur sol de terre battue où vivaient le « Petit-Clou » et sa famille. Des miséreux qui nous faisaient peur, n’allaient pas à l’école et qui donnaient à voir le visage effrayant de la pauvreté, du quart monde… nous en avions peur mais ils n’étaient pas si dangereux et nous ne les détestions pas…
La peur c’était de devoir passer devant chez eux pour aller à l’école. Alors nous faisions « le tour« , mais il y avait dans ce cas à passer devant la maison de Natacha , berger allemand qui nous hurlait dessus et vint un jour déchirer mon pantalon de ses crocs.


Le quartier s’est embourgeoisé. Jolies maisons tranquilles de la région parisienne. Je crois que les parents de mon ami d’enfance vivent toujours par là… à deux pas de la maison… si je suis passé devant, nous allions jouer chez lui, j’aimais bien… je n’ai pas osé m’arrêter.
Retrouvé des années plus tard F. mon ami d’enfance, mon complice, celui avec lequel nous inventions des insultes rien qu’à nous, des histoires incroyables, des jeux où nous étions des orphelins pendant la guerre… s’était montré peu prolixe et semblait être devenu un sage monsieur raisonnable et conventionnel..

De la maison je suis passé à l’école. Rien n’a changé. A part avoir hissé de hautes grilles pour en sécuriser les accès, les bâtiments de l’école maternelle fréquentée par ma sœur ou de la mienne , sont restés « dans leur jus ». Visiblement le jaune et le bleu sont d’origines. La couleur a passé. Mon école est devenue mixte, il y a toujours le bâtiment cubique où vivaient les maîtres et le directeur qui en imposait avec sa Peugeot quatre-cent-quatre noire.
J’eus trois maîtres. Monsieur P qui tirait les oreilles et les avait lui même très décollées. Monsieur J que nous trouvions tristes et qui gérait la discipline avec des tableaux de bons points roses qui affichaient publiquement notre comportement, Monsieur Z, formidable personnage qui nous en imposait avec sa blouse et ses lunettes noires, son large profil de « pied-noir » et qui nous fit écrire beaucoup, faire du sport et nous enseignait la grammaire avec des étiquettes… nous comprenions tout… belles années de « cours-moyen »…
Je pourrais vous parler de Joël L. seul rescapé dont j’ai encore des nouvelles: il était en cours moyen quand je n’étais qu’au cours élémentaire, je me souviens qu’il m’accueillait joyeusement dans la cour et m’avait pris en affection…


Dans la cour où nous n’étions que des garçons, nous avions constitué plus ou moins deux bandes dont celle mon « ennemi », Laurent D. associé à des gars que nous trouvions un peu brutaux et la mienne, celle des « gentils » dont le grand P et ce grand garçon portugais dont le nom ne me revient plus… il était la figure de cancre de la classe, plus vieux que nous tous, mais j’avais fait bonne alliance pacifique et fraternelle avec lui… il faisait un peu peur aux autres…


Derrière les écoles se dressent les tours de Marcouville. J’y vécus moins de deux ans. Le choc fut terrible de la maison à l’appartement qui était superbe, dominant la ville, et moderne avec son vide ordures intégré dans le mur… mais ce furent aussi des années douloureuses… Je n’ai pas voulu aller là bas.


Mille images ont ressurgi. Et je fus étonné de retrouver des sensations et des flopées de souvenirs, d’anecdotes, d’émotions d’enfant… Tout s’imprime fort entre six et neuf ans. Si l’imaginaire fait sûrement son leurre, le contact avec les lieux réactive tant !

La descente vers le centre ville me fit reconnaître les maisons et l’église Notre-Dame. La place n’a pas changé. J’ai reconnu la boutique désormais fermée où j’achetais « mes bibliothèque verte »… Un jour, n’ayant rien trouvé à mon goût, étant sorti précipitamment, la libraire m’avait attrapé dans la rue par le col de mon anorak et fouillé comme un voleur. Humiliation terrible. Je n’avais rien pris. J’eus plus tard des excuses grâce à ma mère…

En allant un peu plus loin, je vis que le collège a lui aussi fort peu changé. Sinistre lieu. Et le plus fort, furent les souvenirs qui ressurgirent juste en voyant la cour et un certain recoin où G. s’était montré quelque peu… intrusif…

Le quartier de la gare n’a pas bougé. Tout au plus le public qui le fréquente parait plutôt fragile et pauvre. La gare est restée comme autrefois., plutôt beau bâtiment.
A 9 ans je prenais le train seul pour rejoindre ma tante M. à Paris, surtout lorsque j’avais besoin de changer d’air. Aujourd’hui sûrement, ne laisserait-on plus un enfant prendre le train tout seul pour rejoindre la gare St Lazare.

Et la piscine c’était là. J’y appris à nager au bord du fleuve. Nous allions le samedi matin avec l’école. Et l’Oise et ce grand pont vers Saint-Ouen L’aumône… Un passage pour piétons suivait la voie de chemin de fer. Je l’empruntais pour aller chaque jeudi à mon atelier d’art où je faisais de la peinture. Un jour la chienne m’avait suivi puis s’était sauvée et perdue avant de rentrer très tardivement à la maison…

Je ne peux et je ne voudrais d’ailleurs raconter tous ces souvenirs mais comme il est spectaculaire d’observer combien une simple visite réactive de sensations, d’émotions, de souvenirs … C’est presque dans l’air, dans la lumière, dans les bâtiments, une pente de rue, un virage… tout revient.

Et puis nous sommes partis, pour d’autres maisons… vingt et trois déménagements connus au long de la vie même si je suis resté parfois un peu plus longtemps en certains lieux, je n’aurais jamais connu cette sensation ou ce sentiment d’avoir « des racines« . Et c’est peut être une faille, mais plus sûrement une merveilleuse liberté que de ne pas m’être enfermé dans un seul univers.

Le fil qui me relie à moi même, à l’enfant que j’étais à travers le temps, les lieux, les bonheurs et les méconvenues , ce fil souple et solide reste vif…

Et parfois aussi, je me dis qu’il faudrait avoir le courage de jeter au fleuve le sac de ces souvenirs, de se débarrasser des objets qui restent de cette époque, même des vieux livres…

Devenir voyageur à bord d’un camion et partir ? Trouver une cabane adossée à quelque montagne ?
Se poser quelque part après ce riche, fastidieux et épuisant voyage de maison en maison ?
Effacer doucement à la gomme les souvenirs et le reste.
Et puis…

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