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De la fierté !

l'écriveur

De la fierté !

“Tu peux être fier de toi !”

L’antiphrase en général venait disqualifier une bêtise enfantine et pouvait désarmer. Il fallait réparer ou refaire.

Dans la famille, les diplômes, les réussites à des concours étaient actés comme les étapes positives d’un parcours. Mais les félicitations étaient assez parcimonieuses et discrètes pour souligner implicitement qu’il ne faudrait pas s’en arrêter là. Les échecs pour autant n’étaient pas vus autrement que des aléas invitant à revoir la trajectoire ou à passer outre.

La fierté, si elle se montre, a bien vite la tentation de l’orgueil. On devient un fier-à-bras.

J’ai eu près de moi, l’exemple d’un grand-père, c’était la modestie faite homme, grand savant dans son domaine ; ce ne fut qu’après sa disparition que sa propre épouse découvrit qu’il avait reçu une importante distinction internationale.

J’ai toujours avancé sans honte ni orgueil. La véritable fierté je l’ai trouvée dans le partage, dans la transmission, dans l’écho.

C’était lorsque je faisais la classe, découvrir des élèves qui comprenaient et avançaient avec bonheur dans un apprentissage, lorsque travaillant plus tard auprès d’adultes, je les voyais essayer une piste repérée ensemble, se lancer, initier un projet.

Frôlant l’orgueil, c’est lorsque je reçois l’enregistrement d’un enfant qui récite une poésie écrite pour lui ; une personne qui dit avoir aimé un texte ou une chanson… mais je ne suis alors pas en jeu, ce qui a été aimé c’est le texte et ce que j’aime c’est la réinvention que suppose son appropriation par un autre. Je ne cherche pas à être aimé au travers des textes ou des chansons et parfois, je peux être surpris de voir que ce qui sera le plus apprécié n’est le plus souvent, ni ce qui m’aura demandé le plus de travail, ni ce que j’aime le plus moi-même.

Car s’il est une fierté intime, celle d’avoir réussi un bel objet après beaucoup d’efforts, pourquoi serais-je fier d’une réussite que je ne dois qu’au mystère de l’inspiration, ce frottement secret de la sensibilité au réel qui fait musique malgré soi ?

J’admire tant le musicien capable de tirer des sons justes en frottant l’archet sur la corde ! Il allie sensibilité et travail.

Il reste dans le patrimoine des chansons anonymes qui ont traversé les siècles. Personne n’a jamais salué leurs auteurs inconnus et si le bouche à oreille aura à chaque fois réinventé ou modifié la mélodie ou les paroles… nous ne connaissons pas celle ou celui qui un jour quelque part, a trouvé une musique et des mots capables de venir jusqu’à nous…Ont-ils eu la joie d’être fiers de leur œuvre ces inventeurs ?
Et je ne vous parle pas des grands artistes qui nous ont laissé leurs œuvres sur les parois des cavernes…
Ni du soldat inconnu, du résistant de l’ombre.

Nous pouvons être fiers d’eux. De ce qu’ils nous ont donné dans un geste gratuit.

Je ne suis qu’un écriveur et pas un écrivain. Je fais aveu d’avance de mes propres faiblesses, ce qui pourrait être forme d’orgueil…

Cela n’a pas manqué quand ces jours derniers j’ai publié à l’état brut des textes dont le principe était d’improviser quelque chose en une heure, des erreurs sont restées, vite repérées par des lecteurs prompts à la critique, elles sont devenues fautes ! J’ai d’ailleurs eu des scrupules à les laisser… et je les corrigerai ensuite mais c’était le risque du jeu…

J’ai eu aussi cette mauvaise habitude de prof qui consiste à pointer l’erreur dans mon entourage. Quand cela ne bloque pas ou humilie l’autre, on entre vite dans la case du “vieux con” qui ramène sa science. Et ce n’est guère productif.

L’indignité c’est faire du mal à autrui, pas d’être imparfait. Pouvoir tracer sa ligne, s’émanciper, se distinguer en actes, en pensées… n’est pas donné à tous. “Fais ce que tu dois” disait-on oubliant souvent la suite de la maxime “advienne que pourra“.

Il y a peu, publiant ailleurs un texte polémique, je me suis vu attaquer non sur le contenu de ce que j’avais pu écrire mais sur ma personne. Dans des termes terribles et menaçants comme jamais. Ce n’était plus ma fierté mais ma dignité qui se trouvait mise en cause. Il faut avoir assez d’estime de soi pour ne pas perdre pied surtout lorsque fusent les insultes, les menaces, la disqualification. L’outrance et l’anonymat n’ont guère amenuisé les effets de cette violence. J’ai choisi forcément de me protéger. Les questions sont venues sans auto-culpabilisation sur ce qui pouvait déclencher une telle réaction alors que fondamentalement en actes et en paroles j’ai toujours été soucieux de respecter autrui. La situation était d’autant plus troublante qu’il s’agissait de parfaits inconnus.
Dans une situation comme celle-ci, l’effet des propos négatifs est bien supérieur aux encouragements reçus par ailleurs.

Le besoin de me préserver fut premier et le choix de ne pas dépenser pour rien mon énergie dans les limbes de l’Internet.


Mais jamais je ne cesserai d’écrire. Au fond, ma fierté tient dans cette résolution.
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Il n’est plus belle fierté que dans cette sorte de camaraderie qui naît d’une capacité à nous reconnaître, humains, capables de créer, d’inventer, de partager pour que naisse un faire ensemble.

On est fier lorsqu’on construit.

Parfois la construction reste fragile, il faut refaire.

On est fier lorsque l’on donne.

L’exemple parfait en est le gâteau. On aime le voir apprécié jusqu’à la dernière miette. On va chercher dans l’appréciation ce qui va ou ce qui aurait manqué et l’on cherche déjà à savoir si l’on pourrait faire mieux dans une sorte d’émulation intime. Il s’agit de faire plaisir, de ne pas décevoir… Le même gâteau, aussi parfait fut-il, produit dans un exercice solitaire, perdrait tout son sens. Ce serait “ravaler sa fierté” que de manger tout seul le plus merveilleux des gâteaux que l’on aurait su préparer…

Pas loin de là se cache la compétition. Je lui ai toujours préféré la coopération qui me semble engendrer moins de frustrations.

Je n’aime guère les décorations, les médailles et si j’en ai reçu, je ne les ai pas sollicitées. J’ai toujours craint les félicitations qui achètent la servilité ou la collusion.

A la fin du cours moyen deuxième année, nous recevions de l’argent à la caisse d’épargne, celle avec un écureuil. Cela se présentait sous la forme d’un bon. Je me souviens très bien l’avoir déchiré en deux sous les yeux médusés de mon ami François, mon voisin. Et je vois encore la tête du maître débonnaire, qui ne me gronda pas et recolla avec patience les deux morceaux. Pour lui cet argent comptait. J’avais neuf ans mais déjà un sale caractère.

De quoi peut-on être fier ?
J’étais fier de M. onze ans qui en trois mois a appris pour pouvoir lire des albums à son cousin.
Il savait moins bien lire encore que nombre de ses camarades et pourtant ses efforts méritaient que l’on s’y attarde et de belles félicitations.
Tel autre a des facilités, il est champion en calcul mental, cela ne tient pourtant pas à des efforts particuliers mais à un bon contexte, un cerveau qui sait s’activer sur ce champ là… pourtant, il sera aussi récompensé du prix de calcul. Soit.

Je pense aussi que certains salauds sont fiers d’eux. Ils ont cessé de douter. Ils ont peut-être sombré du côté de l’orgueil mais ils plastronnent, ils en imposent, ils prennent le pouvoir. Si je m’évite d’être fier, c’est certainement en pensant à eux.

Le premier de la classe quand j’étais petit dans la classe de monsieur J, était un sale con qui n’aimait guère que j’obtienne souvent de meilleures notes que lui en rédaction. Je m’en fichais bien. J’étais copain avec le cancre qui avait l’esprit libre et savait faire des cabanes comme personne.

Voltaire qui n’avait pas que des qualités, écrivait : “La fierté de l’âme sans hauteur est un mérite compatible avec la modestie. Il n’y a que la fierté dans l’air et dans les manières qui choque ; elle déplaît dans les rois mêmes. La fierté dans l’extérieur, dans la société, est l’expression de l’orgueil : la fierté dans l’âme est de la grandeur. Les nuances sont si délicates, qu’esprit fier est un blâme, âme fière une louange ; c’est que par esprit fier, on entend un homme qui pense avantageusement de soi-même ; et par âme fière, on entend des sentiments élevés.

“- Tu es fier de toi ? “

Non pas tellement, si c’est pour entendre ensuite des reproches…

Bonne journée !

Vincent Breton

 

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