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C’est votre point de vue…

l'écriveur

C’est votre point de vue…

Lorsque j’étais collégien, en classe de quatrième, il y a quelques décades, mon professeur de lettres, laquelle écrivait je m’en souviens en énormes caractères ronds et enthousiastes sur mes copies, je devrais dire ma professeure de lettres, cette dame débonnaire, nous disait : Pour vous faire votre opinion, il faut écouter plusieurs points de vue, lire différents journaux de différents bords et ensuite vous choisirez.

Je le le fis souvent, cassant ma tirelire et je fus surpris très tôt de constater que même dans les deux éditions concurrentes des journaux locaux, un simple accident de voiture n’était pas relaté de la même façon avec des variantes parfois franchement surprenantes.

Longtemps je suis allé boire l’information à des sources diverses. La lecture du Monde que mon grand-père entreprenait chaque soir de façon exhaustive, avec le léger retard engendré par la distribution des abonnements à la campagne, s’imposait à l’époque si l’on voulait documenter la réflexion.

Je n’oublierai jamais l’odeur si particulière du Monde ni le toucher du papier… qui n’étaient ni ceux de l’Humanité, ni ceux du Figaro. A l’époque les journaux avaient une odeur et tachaient les doigts. Surtout le Figaro. Que je lisais tout de même de moins en moins en vieillissant.

Pourquoi je dis ça ? Ah oui, parce qu’aujourd’hui, même les journaux papier qui apparaissent comme des espèces en voie d’extinction, s’inspirent beaucoup des chaînes de télévision et des réseaux sociaux et me semblent moins divers qu’hier.

Dans les médias télévisés ou radios actuels on voit et entend des “experts” donner leur point de vue. Mais on commente plus que l’on n’informe. Et nous ne cherchons souvent qu’à être conforté dans une opinion déjà établie même si de temps en temps, se produit le petit miracle d’un intervenant capable d’argumenter pourvu qu’on lui permette de développer son propos avant la publicité…

Côté réseaux sociaux, ce qui est terrible, c’est qu’à de rares exceptions près, si parfois on y puise un peu d’informations, si l’on découvre quelques bonnes surprises (des personnalités émergent, des œuvres d’art surprennent…), il n’y existe pas de vrai dialogue, encore moins de possibilité d’un véritable débat respectueux. Il faut avoir le dernier mot.

C’est ainsi qu’à court d’arguments une personne me disait ce matin : “c’est votre point de vue comme j’ai mon point de vue“.
Pourtant le sujet pouvait se démontrer avec un rien de rationalité. Mais non. Tant pis si elle ne pouvait rien sourcer de ses affirmations …

Un autre un peu plus tard, me refusait de ne pas m’inscrire dans une position purement binaire, n’acceptant aucune complexité…

Dans les débats nombreux qu’offre la télévision, on y voit au mieux des confrontations de points de vue et fort rarement des personnes qui réfléchiraient ensemble, argumenteraient, évolueraient dans leur positionnement ou leur expression entre le début et la fin de l’échange.

C’est encore plus difficile dans les réseaux sociaux si l’un des interlocuteurs affirme quelque chose de façon péremptoire. Dénoncer (ce pourrait être bien à la base), mais juste en hurlant des slogans réducteurs, tirer parti du scandale vrai ou faux pour faire le buzz, balancer de façon toxique sur les personnes est monnaie courante.

Un certain lexique est brandi à la fois pour rallier les amis et énerver les adversaires avec lesquels la volonté est clairement de se frotter…

Je n’ai toujours pas résolu le dilemme : ignorer, se taire, bloquer, signaler quand ça dépasse les bornes, tenter d’argumenter ?

Certains développent une telle énergie à chercher à exister par la provocation que l’on se dit qu’il est mieux de se taire… mais en même temps jusqu’où laisser diffamer, insulter, trahir la vérité ?

C’est la force du venin toxique que de pouvoir vous hameçonner, vous happer…

Je crois que le plus souvent la sagesse est cependant d’ignorer, de laisser seul et de s’affirmer par ailleurs sans s’opposer. Dire ce que l’on souhaite dire.

Si j’ai évolué sur l’anonymat (qui peut-être nécessaire pour un lanceur d’alerte), je note qu’il est absolument impossible de développer un dialogue constructif avec une personne qui se cache sous un pseudonyme.

Il faut parfois résister à l’envie de réagir. C’est le syndrome de la salle d’attente où parce que l’on a un petit temps devant soi, on se dit, rageur, qu’on ne va pas laisser passer de telles bêtises !

L’inhibition – quand elle ne devient pas résignation- permet en tout cas le self contrôle et de ne pas user inutilement ses petits nerfs… Et à l’intime, dans l’entre soi un peu lucide et désabusé lorsqu’on n’aime guère pourtant désespérer d’autrui, la fameuse phrase revient : “les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît !

 

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