Les résolutions de rentrée

marronnier

Tous marchands de promesses…

À l’école, au travail, même à la retraite, ou notamment en ce moment dans le monde politique, la rentrée de septembre continue d’être un marqueur social fort.

À l’instar du premier de l’an, chacun y va de sa promesse : celle extorquée par le parent inquiet, la grandiloquente du politique, celle à soi-même comme une exhortation à s’affranchir de son destin ou d’un défaut qui entrave…

Les incertitudes, les aléas, les tracas, le temps qui manque toujours vont venir se mettre en travers du chemin. Ce seront les bonnes excuses pour demain. Pourtant, on peut aussi oser se mettre en projet et »tenir sa promesse« .

Entre la culpabilisation et la procrastination un équilibre est à trouver

Certains « se mettent la rate au cours bouillon » avant même d’entrer en scène. Le trac n’a de vertu que s’il est capable de nous mettre en alerte pour mobiliser le meilleur de nous mêmes. Il doit s’oublier une fois le rideau levé.

La culpabilisation n’a rien d’intéressant si elle n’est qu’une démonstration d’orgueil et de panique face au qu’en dira-t-on.

Au lycéen qui doit assumer seul parfois l’injonction d’améliorer ses résultats, il manque le « comment ». Il en va de même pour celui que se promet d’arrêter de fumer ou de perdre des kilogrammes. On s’en va chercher des recettes, un guide, un coach… Ah ! C’est l’époque des coachs ! Il y en a pour tout ! Pour apprendre à ranger sa chambre, à voir la vie en rose ou être un manager efficace. La plupart de ces coachs frappent d’ailleurs par leur conformisme vis à vis de la réussite... Les coachs fabriquent des moutons quoiqu’ils en disent. Ils sont au service du système qu’ils ne souhaitent pas voir évoluer puisqu’il leur permet de gagner leur vie (même si ponctuellement ils peuvent aider à franchir des obstacles en initiant aux rites en usage).

Culpabiliser c’est pas bien, procrastiner c’est pas mieux. La poussière va vite s’accumuler et devenir rebutante. Le refuge sous la couette ou la fugue, ne marchent qu’un temps. Faut s’y mettre, si besoin en allant chercher des alliés ou à défaut des pairs. L’école est un des derniers lieux où l’on peut trouver des pairs qui vous ressemblent.

On entend bien que la promesse que l’on va se faire doive être réaliste et se mettre en place progressivement. Mais il faut pouvoir mesurer les progrès. Le jardinier mesure sa réussite à la pousse des fleurs. Surtout la promesse en question doit être clairement reliée à nos valeurs et nos besoins.

Nos valeurs et nos besoins comme guides éthiques

Loin du « bien et du mal » que d’aucuns voudraient continuer de nous imposer dogmatiquement, il y a ce qui est bon, bon pour nous et ricochet autrui, ce qui répond à nos besoins, nos besoins qui ne peuvent se définir que par nos valeurs. Nos valeurs ne peuvent tenir que face aux autres. Elles ont besoin d’altruisme, sinon c’est juste un mode de vie, une habitude. Il n’y a donc pas de promesse que l’on se fait à soi seul. Arrêter de fumer, c’est bon pour mes poumons, pour le budget de la sécu et avec une halitose disparue c’est bon pour l’amitié et même l’amour ! C’est donc bon pour les autres.

L’ambition ou la volonté de réussir chez certains semblent les exonérer de toute attention aux autres. Le criminel qui se promet de devenir parrain de la mafia et qui va le faire en trucidant ou éliminant autrui va peut-être parvenir à mettre en œuvre ses promesses. Ce genre d’appétit est non seulement sans morale mais surtout insatiable. C’est le dilemme du très riche qui en veut encore. C’est le mythe de la croissance infinie.

Les questions de morale, de dignité de soi et d’autrui, de respect… se posent vite face à tout projet.

Bien sûr, on a vu certains s’engager au service d’idées ou d’une cause au point de renoncer à leur propre bonheur, leur vie parfois… le risque est grand de se nier ou de sombrer dans un quelconque intégrisme. Le résistant de l’ombre , prenant tous les risques, place les valeurs au dessus. Encore faut-il qu’il puisse ne pas se tromper ou se nier. Il agit par altruisme. Ce que ne fait pas le terroriste qui n’agit que pour le pouvoir de la peur.

Sans penser aux situations extrêmes, la promesse que l’on fait ou se fait doit pouvoir être constructive. Elle ne doit pas porter en germes le risque de notre propre destruction ou de notre affaiblissement par la défaite mais aussi une réussite qui ne serait qu’un leurre.

La promesse, plus que celle d’une réalisation doit être celle d’une émancipation. S’émanciper c’est pouvoir prendre le risque d’être soi-même, de s’inventer …

Enlever ce qui encombre

Le législateur on le sait, aime bien inventer des lois nouvelles pour résoudre un problème. A chaque nouveau problème une nouvelle loi, comme à chaque maladie un médicament qui ne viendrait jamais se soucier des causes. Et contrairement aux promesses faites, on ne simplifie pas pour autant l’appareil législatif.

Il en va de même dans nos vies ou avant de nous inventer de nouvelles contraintes difficilement tenables , nous ferions peut-être mieux d’enlever ce qui encombre, de nous débarrasser de mauvaises habitudes ou d’activités qui ne nous apportent rien en réalité.

La première des promesses pourrait constituer à nous libérer de nos mauvaises habitudes ou pratiques. Se libérer des addictions, des temps perdus pour des bêtises à faible « valeur ajoutée ». On peut penser à ce que l’on mange, au temps perdu devant les écrans (faut-il regarder les informations midi et soir ? se lever et se coucher avec les réseaux sociaux ?etc. ). Commencer par libérer ces temps inutiles ou à faible valeur ajoutée va nous donner plus de temps pour mieux communiquer, faire autre chose ou simplement nous amuser ou nous reposer…

S’accompagner

Sortir de sa zone de confort, ne veut pas dire se torturer. « Ne fais pas à autrui, ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse » mais ne te contrains pas outrageusement.

L’étudiant qui bachote ses cours sait bien que ce n’est ni en se donnant trop peu de temps, ni en se torturant jusqu’au bout de la nuit qu’il assimilera mieux ses cours. Dans un monde assez difficile et violent, une promesse a besoin d’une « bulle » pour éclore. Un espace lieu, un moment réservé.

Il doit être possible de « se retrouver » avec sa promesse dans tous les sens du terme. Le cerveau n’a pas besoin d’être effrayé, mais a contrario, rassuré et encouragé, récompensé… La promesse que l’on se fait doit pouvoir s’inscrire dans le temps long et la régularité.

Planifier et rester souple

La culture d’entreprise, dans une vision d’ailleurs aujourd’hui souvent dépassée et révolue , s’est enferrée dans une approche où l’on se fixait des objectifs en général chiffrés à tenir dans des délais contraints au risque de décevoir « le client » et d’épuiser l’employé soumis à « toujours plus avec moins de moyens, dans des délais contraints ».

C’est ainsi qu’on a tué l’hôpital public et nombre de services publics.

Ici encore, il faut être réaliste. S’organiser, prévoir, créer les bonnes conditions mais savoir réguler avec bienveillance. Comme on le dit souvent « ne pas placer la barre trop haut ». S’interroger sur ses valeurs et la permanence de leur respect , les transformations observées, les apports et les difficultés.

D’une certaine façon, il faut rester disponible au projet, à la promesse, sans en devenir l’esclave ou engager par ailleurs une situation de déséquilibre.

Oser !

La promesse, pour peu qu’elle se réalise, même imparfaitement, outre les possibles qu’elle ouvre nous révèle à nous même.

Pour se réaliser, durer, se solidifier et se développer, il lui faut être en cohérence avec ce que nous sommes, ce que nous voulons être et devenir. Elle est une révolution douce pourvu qu’on la laisse chanter un peu avec bienveillance (mot à la mode encore) et patience (vertu à retrouver). La promesse a besoin d’attente et de patience.

Ni plan quinquennal, ni lettre de mission, pas plus contrat, elle est un acte créatif et constructif. Un artisanat du faire pour être.

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Catégorisé comme Blogue

Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

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