Le Nothomb nouveau est arrivé

Chaque année en septembre, Amélie Nothomb fait le tour des médias. Elle présente en ce moment son trentième roman publié. Elle en a écrit 100. L’accueil est toujours favorable. Chaque année les lecteurs et la critique s’interrogent : un bon cru ?
Le système est bien rôdé et pourtant, il touche ses limites.

Toujours un bonheur à lire !

Je ne les ai pas tous lus. Peut-être bien que « L’hygiène de l’assassin » ou « Stupeur et tremblements » furent mes préférés. Mais « Barbe bleue » ou « Soif » furent de beaux moments de lecture.
Qui serais-je moi, espèce d’écrivain raté et bavard pour juger l’écrivaine ?
Un peu française, un peu japonaise, belge. Son écriture allie exotisme et ligne claire.
Amélie Nothomb n’est jamais loin derrière ses personnages.
Elle connaît les ficelles du métier. Le lecteur est accroché. Surpris parfois. Pris au piège de ce qu’il pensait n’être qu’un jeu.
Ou plutôt c’est un jeu mais plus complexe qu’on ne pense.
Certains croient que Nothomb se livre avec ses romans. Avec « Premier sang » elle parle de son père. Mieux, elle le fait parler à la première personne. Elle ose prendre sa place alors qu’il est décédé lors du premier confinement.
Je suis convaincu qu’elle nous leurre comme des bleus.
Il y a certainement des allusions, des tiroirs secrets dans les chapitres qui nous échappent.
À chaque fois c’est un nouvel univers. Mais tous ces romans sont comme les pièces d’un puzzle.
Et les soixante-dix pièces non retenues ?

Un exercice qui ne doit rien au hasard

Le format est toujours bref. Sans me livrer à un examen précis, je note qu’un certain nombre de ses romans tournent autour de 170 pages, tandis que d’autres plus courts autour de 150.
Les mots doivent être comptés. Est-ce qu’elle retranche a posteriori ?

Il parait qu’elle écrit chaque matin de 4h à 8h. Elle le fait à la main, avec un stylo.

L’écriture s’économise. Les phrases sont courtes. Ciselées. Très frappant au début de « Premier sang ». Il parait que le lecteur d’aujourd’hui ne tient plus la longueur. Proust au chômage.
Les dialogues sont vifs. On est parfois juste au bord du théâtre.

Le style Nothomb est pensé. Mais il semblerait qu’il ne soit pas défini par un cahier des charges. C’est plutôt l’acharnement quotidien. C’est peut-être ce qui explique la diversité. Parfois aussi les déséquilibres internes comme dans ce « Premier sang » . Dans ce roman, l’enfance qui aurait pu être banale ou banalisée est intense. L’épisode fort du « peloton d’exécution » et toute l’histoire Africaine presque minimisés.

Mais tout est structuré de l’écriture à l’édition. C’est même Jean Baptiste Mondino qui est l’auteur de la photo de couverture du roman… ou un autre grand photographe. Rien n’est laissé au hasard.

Les passages dans les médias sont rodés également. Le dernier sur France 5 laissa dubitatif tant le bouquin fut peu évoqué. Il a semblé que les stigmates du confinement n’étaient pas loin même si une écrivaine ou un écrivain c’est confiné par nature.

Mais certains diront qu’on est aux limites du « produit » puisque chaque année à la même époque, il faudra qu’un roman paraisse.

Cela dit, Zola devait bien donner ses feuillets pour la Presse et certainement fut-il poussé de la même façon et les mêmes déséquilibres peuvent s’observer dans les Rougon-Macquart.

Une frustration

Mais pourquoi le nier ? Si le bonheur est réel. Le lecteur fidèle, maintenant habitué ressent une certaine frustration. Il a vieilli le lecteur.

Elle est perceptible à la lecture de ce « Premier sang« . Le texte semble interrompu par les contrainte du format. Nous aurions eu envie de plus. Ou autrement dit, il reste un roman long, un voyage plus développé à oser.

Peut-être que ce serait impossible. Peut-être que les lecteurs désarçonnés ne suivraient pas. Aujourd’hui, il semblerait que les lecteurs veulent lire au rythme d’une série télévisée.

Le risque pourtant, c’est que le rituel trop balisé ne nous sorte plus de notre zone de confort. C’est le clin d’œil. L’apéritif. « Les aérostats » m’avaient conduit vers d’autres lectures. C’est bien d’être mis en soif, en attente… mais la petite frustration vient aussi du sentiment d’être éconduits un peu tôt.

J’aime aussi lorsque le roman donne une forme de complétude. Pousse à la rêverie. Envoie des images qui reviendront après la lecture. Il y a des romans de Sylvie Germain, des années après, dont les images fortes reviennent comme des rêves. Quand je pense à Le Clézio, j’ai en tête des scènes intenses. Un éclairage… ou même mieux encore, il est des romans dont des passages se réactivent en moi au fil de discussions, de découvertes.

Peut-être qu’Amélie Nothomb devrait aller vivre un peu à la campagne, mettre les pieds dans la boue ou se perdre sur une plage humide du Nord. Ou peut-être pas. Ce n’est pas un reproche. C’est la frustration. Celle que j’éprouve en posant le livre sur la table. Déjà fini ?

On aurait aimé en savoir davantage. Mais cette romancière qui se montre beaucoup reste certainement l’une des plus secrètes.

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Catégorisé comme Blogue

Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

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