Julos Beaucarne n’est plus

Toute la semaine j’avais chantonné des bouts de ses chansons. À la promenade, en marchant. Samedi 18 septembre, j’ai glissé l’un des disques de Julos Beaucarne sur la platine. C’est un trente-trois tours que j’affectionne. Et j’écoute toujours les disques de Julos Beaucarne quand j’ai besoin d’intimité et de consolation.

Dimanche, j’ai appris qu’il n’est plus

Et la nouvelle est tombée, presque silencieusement. Je crois en début d’après-midi. À peine le froissement que fait la feuille d’automne en tombant sur l’herbe. J’ai dû lire ça en premier dans le groupe des amis de Jacques Bertin.

Le disque est encore sur la platine. Je n’ose l’ôter.

Comprends lectrice ou lecteur à quel point la chose me bouleverse. Peut-être était-ce au moment où j’écoutais ses chansons qu’il rendit son dernier souffle.

Je l’ai tellement écouté. Je suis désemparé.

Julos la bonté, Julos l’humilité

À celles et ceux qui ne connaissent pas le poète, le chanteur, le comédien, je ne peux que renvoyer à ses disques, aux nombreuses vidéos qui courent…

Il était attaché à ses racines et tellement universel. Il avait su pardonner. C’était un homme de paix, de douceur. Nous aimions tous ses pulls multicolores. Il était l’un des premiers écologistes. Il était libre.

Sa voix était fragile et ses mélodies nous reliaient aux chansons de l’enfance. Ses mélodies sont inoubliables. Les univers sonores qu’il inventait pour nos oreilles nous conduisaient dans un univers polyphonique, tendre…

Chansons délicates, acidulées, multicolores… Elles étaient consolatrices et reliantes.

Nul doute, si vous savez oser vous laisser prendre par l’oreille, le poète saura vous rendre meilleure ou meilleur…

« Il faut s’aimer à tort et à travers »

Lui qui connut le pire avec l’assassinat de sa compagne, de son amour, était étranger à l’idée de vengeance.

« Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine. » écrivait-il en 1975 dans une lettre ouverte où il évoquait son chagrin et la nécessité de s’aimer.

« Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches » ajoutait-il.

Vivre difficile, mais aimer la vie, oui !

En 1987 ma mère devait aller à l’hôpital pour des examens de routine. Mais elle savait très bien qu’elle ne reviendrait pas.
Sur son brancard au bas de l’escalier, alors que l’hémiplégie rendait son élocution difficile et sa syntaxe lapidaire, elle avait eu cette formule : « Vivre difficile, mais aimer la vie, oui ! « 

Elle avait pourtant toutes les raisons de vouloir alléger ses souffrances. Aucune injonction, ni même de crainte face à la mort. Mais ce double surgissement de l’amour et de la vie.

Si je pense à elle avec la disparition de Julos Beaucarne, c’est que je sens bien un écho entre leur ressenti.
Julos Beaucarne était un homme infiniment doux, porteur d’une part de féminité ou plutôt débarrassé du costume du macho de service…


Le monde est dur. Inutilement dur. Bêtement dur quand on sait que la plupart de nos souffrances ne sont que le fruit de l’égoïsme.
La mort est là, comme un humus pour nos sentiments.
Il faut jardiner. Non pas pour arracher les mauvaises herbes, mais les aider à prendre bonne place… que les ronces ne nous déchirent ni les mains ni le cœur.

Si jamais votre curiosité est un peu piquée, si vous ne connaissiez pas l’univers de Julos Beaucarne, n’hésitez pas.
Ceux qui connaissent y reviendront. Je laisse un peu reposer puis j’y reviendrai à mon tour. Les albums me sont familiers. Il m’a tellement accompagné.

Mais…

Si je pense à Julos Beaucarne, je me dis que ça commence à faire, tous ces maîtres en chanson et poésie qui nous laissent : Léo Ferré, Colette Magny et puis ces deux dernières années Lionel Rocheman, Graeme Allwright, Morice Bénin, Anne Sylvestre, Hélène Martin…
Je leur dois tellement.
Alors je me dis que j’ai vieilli aussi et je m’inquiète que la jeunesse ne les connaisse pas.
Et puis, je me dis, sans les oublier, qu’il faut maintenant aller dénicher celles et ceux qui tracent le sillon et ne parviennent pas à se faire entendre…

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Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

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