J’aime mon cerveau … même quand il semble dérailler

Une anecdote banale mais parlante

Ce jour là j’étais au supermarché. Arrivé en caisse, je me souvins que je possède dans mon porte-feuilles outre la carte de crédit utile à mes règlements une carte de fidélité du magasin.

Cette carte s’alimente à chaque passage et permet de cumuler des sommes déductibles des achats.

« Plus de 25 euros ! » me dit l’hôtesse de caisse – puis qu’on les nomme ainsi à présent. « On récupère ? »

Il fallait pour ce faire que je sorte la carte de fidélité puis que je compose un code me permettant de débiter ce compte avant de payer ensuite avec ma carte de crédit pour laquelle le code me serait demandé comme d’habitude.

Tout cela en passant par le même terminal.

Puiser dans la mémoire

« Mais au fait ? Quel est le code de la carte de fidélité ? « 

C’est que je ne l’utilise pas tous les jours ! Il me fut donc nécessaire de solliciter mon cher cerveau pour aller puiser quelque part dans « les archives » ce fameux code .

Je parvins fièrement à le retrouver et le composer sans difficulté.

« Il vous reste 56 euros, introduisez votre carte bancaire puis composez votre code habituel ».

Le blanc, le bug ! J’ai oublié le fameux code de la carte bancaire !

Quoi ? Le code de la carte bleue, celui que je compose si régulièrement depuis plusieurs années sans souci… ce code… je ne le sais plus, impossible de m’en souvenir, effacé… Le blanc total, le bug, le vide absolu.

Mes doigts flottent indécis au dessus du clavier.

Mon cerveau est en rade. Figé. J’en suis à élaborer des scénarios de panique. Comment vais-je m’en sortir pour payer mes courses n’ayant pas de liquide sur moi ? Et si j’avais oublié mon code pour toujours ? C’est quand même fou… un automatisme gommé comme un vulgaire fichier effacé d’un ordinateur. C’est dur de vieillir !

Panique visible à bord. Je suis obligé de m’en ouvrir à la dame. Derrière la foule s’impatiente, trépigne, prête à m’envoyer dans le premier Ehpad venu… Elle reste impériale et calme. Cherche à me rassurer.

10 secondes ? 20 ? 30 ? non pas 30….

Panique, vertige, mes doigts flottent en l’air. Je n’ai droit qu’à trois essais avant l’humiliation ultime, rendre mes courses comme un voleur ou un pauvre type qui ne sait pas compter ses sous.

Je tente de me dire le code. Je ne suis pas sûr de moi. On peut le dire de plusieurs façons et souvent pour le retrouver il m’est arrivé d’épeler les chiffres un à un. 4 chiffres ce n’est pas grand chose. Il faut trouver l’amorce, se souvenir que ce code à quelque chose d’évocateur …

Ce que j’écris ici défile à toute vitesse, plus vite que des chiffres de code informatique défilant sur un écran d’ordinateur …

Lâcher prise et laisser la main faire

L’incroyable nouveau miracle se produit. Ce n’est qu’en lâchant prise, en ne cherchant surtout pas à raisonner, réfléchir, construire une logique et surtout pas en creusant les profondeurs de la mémoire que mon cerveau a retrouvé la clé tout seul.

C’est un peu comme s’il m’avait dit « fais-moi confiance, je sais entrer, pousse-toi de là ! »

Et mes doigts, magiquement se sont débrouillés sans moi. Merci les doigts en relation directe avec le cerveau !

Les merveilles de la mémoire des automatismes

On ne va pas faire ici un cours de neurosciences. Mais pourtant on voit bien l’intérêt de posséder des automatismes solides qui vont permettre de libérer l’esprit pour faire autre chose. C’est presque devenu un réflexe.

On voit aussi que pour aller puiser dans une mémoire plus lointaine, cette mémoire à long terme, il a été nécessaire de mobiliser d’avantage le cerveau et de se concentrer dans une sorte d’aller-retour (je me suis souvenu de ce code rarement utilisé car il est accompagné d’une « histoire » précise d’ailleurs liée à des aspects affectifs). Ce faisant, j’ai crée une sorte de perturbation qui est venu brouiller la mémoire automatisée un peu à la façon d’un caillou jeté dans la marre.

La main, c’est à dire le lien entre les sensations des doigts sur le clavier et le souvenir du code automatisé a su me reconnecter au cerveau, contournant le raisonnement et le discours pour me sauver de la situation sans surtout que je ne cherche à réfléchir.

S’émerveiller, ne pas mépriser et cultiver…

Pour le vieillard perdant ses facultés que je suis, mais pour l’enfant surtout qui apprend, les automatismes n’ont rien d’indigne !

Ils n’empêcheront pas plus tard de chercher à faire sens.

Je me souviens même que le jeune élève de cours moyen, bien à l’aise avec ses tables de multiplication clairement automatisées, pouvait consacrer toute son énergie à résoudre le problème de mathématique.

Tandis que celui qui n’avait pas d’automatismes ramait comme un malheureux donnant toute son énergie pour un malheureux 6 x 7 pour oublier ensuite ce qu’il cherchait…

Essayez de conduire une voiture à vitesses manuelles sans automatiser… si vous cherchez à savoir si vous êtes bien en troisième ou en quatrième, c’est là que vous allez faire craquer les vitesses.

Dans des écoles; nous avions bien fait progresser des élèves en faisant appel à quelques unes de ces techniques qui peuvent être aidantes… pourvu que l’on n’oublie jamais bien entendu que le cerveau n’est pas du tout un ordinateur mais interagit avec notre environnement, nos émotions, notre histoire et peut se « laisser avoir » par mille biais… dont la peur !

Mais du coup, même s’il est un peu usé, je l’aime bien mon cerveau…

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Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

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