Clap de fin pour l’été

Y’a plus d’saisons ma pauvre dame !

J’ai glissé un disque de Jacques Higelin sur la platine. Les médias semblent l’avoir déjà oublié. Moi pas…
Les nuages glissent et vent souffle son haleine chaude par la fenêtre de toit.

Je croyais que j’allais partir. Je ne pars plus. Je me suis attaché aux lieux. Un peu amoureux même.

Il y a cette plage. Un immense espace ouvert. Du sable fin partout. La dune. Nous y jouons avec le chien. L’océan nous accueille. À chaque fois le même et à chaque fois différent.

Maintenant il nous reconnaît et nous fête quand nous arrivons en inventant pour nous des vagues farceuses ou douces, feux d’artifices ou délicats petits coups de langue à nos chevilles.

Lieu d’insouciance délicieuse.

Il étaient là l’autre soir attendant que le soleil plonge dans la mer. L’océan était calme et tiède. La plage se montrait paisible et hospitalière. Peu de monde.
Ils étaient venus là après leur journée. Comme on vient boire une dernière gorgée. Mais pleinement dans cette joie.

Ce petit groupe de jeunes gens avec leurs planches attendant un rien de vague. D’autres assis plus loin. Des jeunes, des vieux, de rares enfants, quelques chiens sages… et le soleil éclairant de ses rayons obliques, superbe acteur et metteur en scène. Le ciel comme grand écran.

La même euphorie nous traversait tous. Nul besoin d’herbes bizarres ou d’alcools. L’ivresse aimable du soleil couchant. Un paysage qui te traverse et te relie. Une fête absolue. Un équilibre parfait de sensations et d’émotions. Le genre de souvenirs auxquels on peut penser plus tard quand ça va mal.

D’où ça vient cette magie ? Cette poésie qui sublime tout ? D’où ça vient cette communion que nous ressentions tous entre nous les humains et avec les animaux et les éléments ?

Peut-être ne faut-il pas chercher de réponse. Accepter ce bonheur gratuit et l’insouciance offerte en prime.

Je sais bien que je n’oublierai jamais ce moment.

L’été a toujours été une étrange saison mêlant découvertes, retrouvailles, désirs et abandons.

Un vieux fantôme est venu rôder. Il y a des gens toxiques qui viennent geindre. Mais c’est trop tard. Laisse-nous donc respirer. Internet est formidable pour espionner autrui. Mais on vit tellement mieux sans eux. Inutile de tenter de faire culpabiliser. Ça ne prend plus. Le passé est le passé. Chacun sa vie. Vade retro.

Il y a des gens qui vous déçoivent. Ça aussi c’est banal. N m’avait dit “tu es une jeune âme”. Non pas tant pour le manque d’empathie supposé de ces jeunes âmes, je n’en manque pas au contraire, mais pour une forme de naïveté. Les paroles entendues, les promesses. Toujours tendance à y croire. Alors la trahison, les mensonges éhontés m’ont toujours surpris. Pourquoi ? Comment une personne que vous avez aimée, qui dit vous avoir aimé, peut-elle se comporter de façon aussi ignominieuse ? Tout cela n’était pas utile. Tu étais déjà libre. Pas nécessaire de salir pour tenter de se donner le beau rôle. Mais au fond, il faut poursuivre la route, l’aventure continue !

Deuxième septembre où je suis libre de choisir ce que je veux faire maintenant. Mais le premier où je me sens libre vraiment. Je n’ai pas culpabilisé cette fois le jour de la rentrée de ne pas “y aller”.

Mes souvenirs professionnels sont forts, je raconterai bientôt toutes ces années étranges d’un écolier qui resta à l’école si longtemps. Mais je ne lis plus le bulletin officiel. C’est le citoyen qui regarde affligé la pathétique dérive du ministre mythomane en charge des cerceaux.

J’ai presque terminé d’écrire la pièce. Je ne sais pas encore ce que j’en ferai. La surprise émue de L apprenant que j’avais donné son prénom à l’un des personnages. L qui n’a pas l’habitude des compliments. L qui me fixe résolument les yeux dans les yeux. Alors je retrouve mes vingt ans.

E qui n’osait pas s’épancher l’autre soir. Bien sûr que tu peux te confier. Si on n’est pas là pour se soutenir entre nous, qui le fera ?

J’apprends ou je réapprends la patience du jardinier. Et j’ai moins peur si parfois je m’offre le luxe de la procrastination.

Je pense déjà l’automne qui arrive bientôt. C’est peut-être ma saison préférée parce que l’on frisonne un peu, ça donne l’occasion de se réchauffer facilement, de se chouchouter, d’éclairer les lumignons et de se faire des confidences autour d’un thé parfumé. Ou de retrouver les romans.

Je me dis que tout cela est bien elliptique pour toi lectrice ou lecteur qui passe ici par hasard ou qui me connaissait un peu. Mais tu sais, ça faisait si longtemps que je n’avais pas connu un moment d’insouciance…

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Catégorisé comme Blogue

Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

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