Tous candidats !

À droite, à gauche… à part un ou deux qui renoncent, chaque matin nous découvrons un nouveau candidat à l’élection présidentielle. Tous ne pourront se présenter au final. Il faut obtenir les fameuses signatures d’élus ou être sélectionné par son parti ou son mouvement. Cette abondance n’est pourtant pas bon signe…

Le règne du « Moi-Je » de personnalités de second plan au nombril bien accroché…

On pourrait causer des institutions, de la cinquième république… On pourrait évoquer comment un opportuniste a su s’emparer du pouvoir. Il y a beaucoup à dire sur le pouvoir présidentiel en France. On pourrait évoquer aussi le manque de représentativité des assemblées ou une forme d’épuisement démocratique : les partis ne représentent plus grand chose, l’abstention pèse lourdement…

Notre société de communication ne permet guère de poser les termes d’un débat approfondi… L’individualisme régit les réactions des citoyens. Le climat délétère et les crises donnent plus de place au ressentiment. On veut des coupables. On veut des solutions rapides. L’engagement des citoyens dans la vie politique ou syndicale est faible.

Le contexte est instable. S’il est bon de se dégager d’une vision binaire des choses, aujourd’hui c’est plutôt le brouillage idéologique. Paradoxalement, nombreux qui pourraient apporter leur expertise ou leur sagesse, se sont détournés de la politique. Il n’est pas bien vu aujourd’hui d’envisager une « carrière politique »…

Ce n’est pas forcément une mauvaise chose d’ailleurs. Les élus ne devraient plus passer leur vie en politique. J’ai toujours trouvé l’idée de limiter tout mandat en temps et en nombre éthique et démocratique…

Il faudrait qu’un véritable partage des décisions et des responsabilités puisse s’effectuer.

Ce qui est frappant c’est de noter dans notre société individualiste, que des personnes n’ayant pas toujours eu de très grand rôle ou mené d’action significative puissent envisager la « magistrature suprême ».

Et nous voyons un défilé d’égos surdimensionnés : c’est le règle du « moi je ». Le programme viendra après. Certains adoptent un ton de prédicateur. On en voit qui gesticulent en déambulant sur une scène. D’autres tentent de mettre en image leurs déplacements dans le peuple (« il ou elle va au contact du peuple », cette chose étrange et inconnue…).

D’aucuns sont à ce point certains de leur légitimité à se présenter qu’ils se passeront de tout aval d’un parti . Tant pis s’ils doivent faire perdre leur propre camp. Il faut se positionner quitte à n’espérer au final ne devenir que le ministre de celui qui emportera l’élection (l’actuel ministre des finances se présentait contre le président..)

Il est vrai que par ailleurs le concept de « primaire » reste à questionner … car c’est encore une personne qui va chercher sa légitimité devant le groupe.

Une candidature légitime devrait s’imposer d’évidence

Chacun peu être « volontaire ». Mais on ne parle pas d’une association ou d’un club. Une candidature à la présidence ne devrait pas se trouver légitimée par le seul fait d’avoir fondé un parti ou d’avoir exercé le mandat.

Une ou un bon candidat-e devrait presque « aller de soi », émerger non seulement pour sa famille politique mais au delà. C’est une question d’idées et de projet, plus encore de stature, de rayonnement, de capacité à fédérer, de faire preuve d’éthique, d’exigence…

La légitimité d’un candidat ou d’une candidate devrait tenir dans le fait qu’on lui demanderait de l’être plus qu’elle ou lui ne viendrait proposer ses services. Il faudrait, sans sombrer dans le culte de la personnalité, qu’émerge une forme d’attente… La véritable autorité (en se méfiant des dérives) viendrait de ce mouvement.

Peut-être même d’ailleurs pourrait-on réfléchir au fait de savoir si l’on attend plus un arbitre capable de garantir le respect des règles éthiques et démocratiques ou plus une personne chargée de mettre en œuvre un programme… Il y a confusion encore dans les esprits. Certains avaient envisagé de supprimer le poste de premier ministre.

Inverser le calendrier des élections

En France, le quinquennat qui a accentué la crise politique, fait suivre l’élection présidentielle par celle de l’Assemblée nationale. Dans les faits, cela favorise l’élection d’une assemblée favorable au courant de pensée du président de la République.

Peut-être qu’en élisant d’abord les députés afin de dégager une majorité, cela engagerait-il les choses autrement ? Ainsi, ce serait le choix du président qui s’effectuerait (ou pas) en concordance avec la majorité parlementaire.

On ne voit d’ailleurs pas pourquoi il faudrait que la constitution du gouvernement ne soit que le reflet de la majorité parlementaire. Une démocratie mature ne serait-elle pas capable de fonder son action sur la recherche du consensus, consensus lui même fondé sur la définition de l’intérêt collectif ?

Il faudra bien finir par réformer le système

Les choses étant ce qu’elles sont, on voit mal comment on pourra se dispenser de réformer le système. La constitution de la 5ème république est obsolète. Elle est une fabrique à dérive du pouvoir et abstention. Elle ne favorise pas le partage du pouvoir et la décentralisation des décisions.

En attendant, la palanquée de candidats risque de favoriser l’opportunisme et celui ou celle qui saura le mieux communiquer.

Le manque d’humilité est quand même problématique. Ont-ils et elles perdu tout recul ? Cela m’attriste d’autant plus quand je vois des idées intéressantes mises à mal par des effets de manche et une mise en scène ridicule.

Plutôt que de programmes catalogues, on aurait besoin de voir une démarche renouvelant la vie politique. Cette démarche devrait permettre au citoyen tout en s’inscrivant au service de l’intérêt collectif, de mesurer combien il pourrait en tirer sa propre émancipation et sa réalisation sociale et personnelle. Autrement dit, le bon candidat à mes yeux sera celle ou celui qui nous dira comment retrouver le sens de l’intérêt collectif tout en partageant le pouvoir.

Mais ça… c’est pas pour demain…

Publié le
Catégorisé comme Blogue

Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

Laisser un commentaire