Le balai télescopique

Dernièrement, je me suis fait un très beau cadeau. Il faut dire que pour balayer la terrasse du jardin, je me suis offert un balai télescopique. Ce n’était pas la première fois que j’en achetai un de ce genre. Et pourtant celui-là me fit subir une aventure terrible qui en fait probablement l’héritier des balais de sorcière. Récit d’un moment troublant que me fit vivre l’engin.

L’objet en question

Mais plutôt qu’un balai télescopique, il faudrait parler d’un balai avec manche télescopique.

Un manche télescopique est constitué de différentes parties qui s’emboîtent les unes dans les autres et coulissent entre elles.

En effet, c’est une très belle invention qui se décline dans diverses applications et objets que ce soit pour des balais, des aspirateurs, des manches pour peindre, des antennes de radio, régler la hauteur d’un micro ou d’une perche pour réaliser des selfies avec son smartphone… Il existe même des … matraques télescopiques appelées pudiquement BTD (bâton de défense télescopique) au sein de la police française…

Ainsi, cette formidable invention permet de faciliter le rangement de l’objet, d’atteindre des zones éloignées ou dans le cas d’un balai de le régler par exemple à la taille de l’utilisateur.

Je ne sais pas s’il existe encore des enseignements dans le second degré où l’on étudie ce type d’objets et leurs différentes versions.

Il existe en tout cas un formidable marché et de belles déclinaisons de l’objet

Première rencontre

C’était au supermarché, ils étaient des dizaines. Le prix était attractif. Ai-je choisi le premier qui s’offrait à ma vue ? Je ne m’en souviens guère.

Il était comme sur l’image, replié sur lui même. Tranquille, docile.

Des balais à manche télescopique comme je l’ai dit, j’en avais déjà rencontré des dizaines dans ma vie… sans aucun souci.

Je l’embarquais donc, heureux de la découverte. Sans le tester ni tenter de le manipuler au supermarché…

La guerre : épisode 1. premier long combat. Première défaite.

Il me faut beaucoup de courage pour avouer une des pires humiliations que me fit subir un objet.

Il était livré sans mode d’emploi tant la chose paraîtrait simple au premier quidam venu. Un petit schéma sur l’étiquette, avec deux flèches opposées, montrait simplement que le balai pouvait s’étirer. Cela au cas où d’aucuns auraient pensé que son usage était réservé aux personnes de petites taille.

Cela pourrait constituer un bon subterfuge pour engager les enfants à balayer la terrasse mais…

Donc : voici l’objet entre mes mains.

Première tentative. infructueuse !

Coincé ? Une bague à dévisser ? Un clic ? Quelque chose qui bloque ?

Rien n’y faisait. Les minutes s’écoulaient et je ne trouvais pas « le truc » permettant de faire coulisser ce maudit manche.

Bien que dans l’intimité de la maison et sous les seuls yeux affligés du chien, je commençai à ressentir une certaine humiliation. Je dus me défaire de mon pull-over. La chaleur commençait à monter. L’énervement aussi.

La colère monte

On dit : « con comme un balai ! »

« Ce n’était tout de même pas, grognais-je, un connard de manche à balai qui allait me résister ! J’en avais vu d’autres ! « 

Alors, la tension montait. Mon agacement s’exprimait en jurons que la décence ne me permet pas de rapporter ici.

Si je conçois qu’un humain me résiste, je n’accepte guère de devoir céder aux objets.

Pour ce qui concerne ce balai, je peux vous dire qu’il est solide : je l’ai malmené, secoué, tiré, démonté même, tant il résistait …. mais il ne céda pas. Impossible de déployer le manche.

La force ne permettait rien de mieux. J’étais comme un voleur qui cherche la combinaison du coffre.

Mais, non , rien n’y faisait.

Après trois quart d’heure … enfin près de cinquante minutes d’une première manche acharnée, je m’avouai vaincu.

Épuisé et pas loin de pleurer.

J’avais beau faire… impossible de le faire fonctionner.

À la recherche d’excuses

Peut-être un défaut de fabrication ? Une pièce manquante ? Faudrait-il me rendre au magasin afin de faire jouer la garantie ? Devrais-je écrire une lettre cinglante au service consommateurs de la marque ? Ou même devrais-je faire appel à l’intercession du célèbre animateur radio-télé aidant à résoudre les litiges en matière de consommation ? L’hypothèse de faire partie d’une communauté silencieuse de consommateurs victimes d’une vaste arnaque me fit frissonner.

On se cherche des excuses comme on peut. Puis la honte dans l’âme, on abandonne.

Je fis même discrètement une première utilisation de l’objet avec son manche replié. Et me fis mal au dos.

Internet au secours !

J’aurais pu appeler un ami ou quelque membre de ma famille pour obtenir un judicieux conseil et me sortir d’affaire.

Mais il me reste un peu d’orgueil et le sens du ridicule.

« Dis? tu sais pourquoi Vincent m’a appelé ? Il savait même pas comment déployer son manche à balai ? Il va bientôt lui falloir une aide à domicile ! La vieillesse est vraiment un naufrage ! »

Certes, j’aurais pu aller voir un voisin bricoleur. Ce vieux monsieur qui passe souvent devant la maison a l’air bricoleur. Il se serait marré… ou aurait pris un ascendant terrible.

Non. Discrètement, je pris la décision d’aller voir sur Internet.

Car des tutos sur You-Tube, des vidéos de toutes sortes, ça ne manque pas !

Je passe sur celles où le gars déploie don balai magiquement. Limite vexant. Ou d’autres ultra-techniques de vingt minutes à propos d’un engin qui ne ressemble pas du tout au mien…

Enfin j »ai retrouvé mon modèle de balai dans une fiche technique : « pour régler le balai ou le bloquer, tourner la bague d’un quart dans un sens ou dans un autre… »

Hein ?

Ah mais là… non ça ne fonctionne pas.

J’avais encore perdu un temps fou. Cela semblait terriblement simple pour tout le monde, mais pour moi rien, nada ! Bloqué .

Deuxième manche perdue. Ma journée s’assombrissait encore !

Le secours de la psychanalyse !

Ah oui ! je vous vois venir !

Voici donc l’histoire de l’homme mur qui n’arrive pas à déployer son manche et qui cherche des techniques.

La panne sexuelle quoi.

Il y a d’ailleurs toutes sortes d’expressions autour de « tirer sur le manche »….

Métaphore terrible de l’andropause. Pour Noël on t’offrira du Viagra…

Bon, mais vous êtes mignons les enfants… de ce côté pas de souci. Tant qu’il y a de l’amour !

En attendant, manche replié.

Le lâcher prise. Laisse faire ton cerveau et tes mains !

La journée avait été éprouvante. L’objet de mon aversion attendait dans un coin de la maison.

Je lui passais devant. Longtemps, sans le toucher. Un peu comme si je l’avais puni… ou, le « tu perds rien pour attendre« .

Quand en fin d’après-midi, je m’emparai de nouveau de lui, je l’entendis presque rire ce maudit balai.

Et là… je n’ai pas cherché à l’examiner. Je n’ai pas cherché à comprendre. Je n’ai pas cherché à analyser comment il était fait et devait fonctionner.

J’ai laissé faire mes mains, mes doigts et mon cerveau. Connectés en ligne directe. Sans que je mêle de la conversation.

Et ça s’est fait : tout seul !

Ne me demandez pas comment j’ai réussi mon affaire.

J’ai déployé le manche tout seul à la bonne hauteur et j’ai su le bloquer.

Ne me demandez pas de vous expliquer, ni même de le refaire. Je ne suis pas certain de réussir dès lors que je tenterais de conscientiser la chose.

A l’instinct, de manière empirique, j’ai su, c’est tout…

Ou plutôt, mon cerveau n’avait pas besoin de moi pour ça. C’est comme si j’encombrais. Allô ! Les neurosciences !

Le plaisir de balayer enfin…

Depuis cet épisode qui ne m’a pas laissé sans séquelles, j’entretiens une étrange relation avec ce balai.

Il m’a tant résisté. J’ai presque de l’affection pour lui.

Syndrome de Stockholm ?

Conclusion… provisoire

A présent, c’est fièrement que je balaye la terrasse, m’affichant ostensiblement au regard des passants et des voisins.

Balayer est un signe de propreté. De dynamisme. Et puis « ce balai est très pratique. Avec son manche télescopique que vous pouvez régler à la hauteur souhaitée, vous balayez tout à votre aise… oui il est tout neuf, vraiment bien… efficace et tout, de bonne facture et pas cher. « 

« Mais il est pas réglé un peu haut ton balai ?  »

Publié le
Catégorisé comme Blogue

Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

Laisser un commentaire