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Amoureux

C’est en marchant le long de la rivière, sur le sentier côtier qui mène à l’océan, que je compris que j’étais tombé amoureux de ces lieux.

Il y a des coups de foudre, des paysages saisissants, des endroits incroyables qui vous bouleversent. Mais vous n’y resterez pas forcément.

Et puis, il y a ces lieux que vous fréquentez tranquillement. Vous y venez souvent. Vous en observez les détails. Vous osez les sentiers, descendre dans le lit de la rivière. Vous allez vous perdre dans les fourrés. Vous explorez, vous ouvrez les yeux, vous respirez.

Et tout doucement, dans cette familiarité, cette intimité qui se construit au fil des visites, vous comprenez que vous êtes tombé amoureux des lieux.

Ou plutôt, vous êtes amoureux de ce tout, cette nature, ces arbres, ces parfums d’eau, ces chants d’oiseaux, ces bruissements dans les bosquets et vous êtes bien, en symbiose. Vous aimez ces lieux et vous vous aimez dans ces lieux. Ils vous traversent et vous les visitez dans ce mélange d’accueil et de respect.

C’est sans le dire, à votre insu, qu’un moment de bonheur déploie son aile blanche et douce en vous.

Vos pensées les plus lourdes et noires se sont éloignées. Vous êtes dans la consolation de la nature qui n’exige rien d’autre de vous que d’être vous même.

Être et non pas rester.

C’est que la découverte d’un paysage ouvre en vous un paysage intérieur. Comme un livre que vous portiez sans savoir dans la bibliothèque des sensations. Ce paysage qui s’ouvre à vous vous ouvre au Monde et aux hommes.

Car leurs traces ne sont jamais éloignées.

Une pierre renversée. Un aqueduc effondré. Une barque oubliée… Si tout va bien on se passera des souillures.

Alors la ligne de vie qui vous traverse de l’enfance à l’âge d’homme vous désigne et vous reconnaît dans cette beauté. Vous n’allez pas mourir. Vous touchez un instant l’éternité.

Rien de sexuel ici mais toute votre âme est en amour avec le paysage. Tout s’offre à vous et vous vous donnez.

Le calme non sans l’exploit de l’aventure : que trouverez-vous sous la pierre, au détour du sentier ? Osez la curiosité de l’enfance.

Ce qui reste en apparence et se transforme. L’eau qui monte et descend transforme. L’arbre accroché à la falaise pourrait tomber. Un oiseau peut-être tombera du nid. Le renard s’en saisira.

Mais ici tout s’accueille et se régénère.

Rien n’est plus précieux. Et non seulement vous reviendrez mais avec une attention bienveillante. Avec la douceur de l’attachement. La promesse des retrouvailles.

La rivière vous adopte. Et toute cette famille de pierres, d’eau, de végétaux et d’animaux. Toute cette paix qui vous autorise le bonheur. Chacun se protège.

Oui, l’autre jour en marchant le long de la rivière j’ai mesuré non pas combien j’aimais les lieux, mais à quel point j’en suis tombé amoureux.

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