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Admirations

l'écriveur

Admirations

nuages

De l’intérêt des exercices d’admiration

Il y a quelques années, j’avais commencé un blog qui avait pour postulat d’effectuer des exercices d’admiration.

J’avais notamment débuté par mon grand père et d’autres figures emblématiques qui m’ont marqué, mais submergé je n’ai pas maintenu l’effort…

Admirer une personne, ce n’est pas la placer sur un piédestal.

Parfois, lorsqu’on la réduit à ce qu’elle a pu incarner, inventer ou créer d’exceptionnel, on tend à grossir le trait et surtout à l’exposer un jour à la vindicte de quelque jalouseux qui trouvera bien un défaut à la cuirasse à jeter en pâture aux copains sur les réseaux sociaux…

Nos qualités tiennent aussi à nos défauts et notre histoire…

Et puis chacun est admirable. Mis à part quelques salauds qui ont tué le meilleur en eux et parfois autour d’eux pour des raisons difficiles à cerner. Chacun d’entre nous est porteur de cette potentialité. Je me méfie des concours, des classements, des talents opportunistes faits pour briller un temps…

Je ne crois guère à la méritocratie, à la compétition.

La distribution de médailles serait formidable si elle était plus justement partagée… Cela ne veut pas dire que je ne reconnaisse pas le courage, le travail, l’effort ou la ténacité mais ceux-ci peuvent prendre parfois des formes si humbles, si discrètes… Il faut aller les chercher.

Je n’apprécie guère non plus les hagiographies posthumes.

Mourir est souvent la seule gloire d’obscurs qui vont alors se parer de mille qualités. Des formes d’amnésie ou de mensonges même par omission sont insultants.

Rectifions pour ne pas médire : on tue certains une deuxième fois à force de ne pas savoir reconnaître leur différence et leur talent propre.

Combien restent des méconnus y compris pour leurs proches ?

Oui, on exagère quand on encense certains qui en mourant obtiennent un blanchiment de leurs actes les moins honorables et un self conduit amnistiant leurs crimes. Bien entendu, c’est difficile d’enterrer une personne en disant, “c’était un sale type, tout le monde le détestait au bureau et il était con comme un balai“. Mais soyons honnêtes, j’en ai vu des veuves renaître car bien soulagées à la mort de leur si cher et tendre époux !

Si “admirer” n’est donc pas rester béat devant un type ou une typesse et se livrer à quelque culte, il me semble qu’il est hautement rassurant et inspirant de trouver des personnes à admirer pour leur façon d’être, ce qu’elles créent ou produisent, ce qu’elles inventent ou mènent et ce d’autant plus que c’est fait avec cette générosité entraînante et motivante.
C’est l’heureuse surprise de la révélation, de la rencontre mais c’est aussi le talent caché qu’il faut aller dénicher.

Chaque enseignant qui reçoit un élève dans sa classe devrait se demander quel est le talent de son élève.

Certains talents sont visibles mais d’autres à ce point caché que le talent justement du professeur sera d’aller le dénicher, le susciter, le révéler.

Faut juste y croire un peu. Le cynisme n’est pas permis dans une école. Il ne devrait plus l’être non plus dans la vie… tout au plus l’humour et la dérision peuvent-ils chatouiller ceux qui s’arrogent des pouvoirs excessifs …

Quand j’ai l’impression d’être entouré d’atrabilaires pétris de moraline, de violents agressifs ou revanchards, je l’avoue, comme le disait une publicité, “un peu de douceur dans ce monde de brutes”, ne fait pas mal.
Ces gens qui rayonnent par ce qu’ils apportent de bon, je préfère me mettre dans leur lumière, plutôt que dans l’ombre d’un toxique amer et paranoïaque.

Sans y voir une discipline naïve, je crois aux vertus positives de l’admiration plutôt que la disqualification.


Certains actes ne méritent souvent que le silence. S’ils sont injustes, il faut pouvoir répondre, mais je crois aux vertus positives, à cet effet Pygmalion indéniable : reconnaître et admirer les qualités d’ une personne, c’est savoir se montrer attentif et bienveillant, c’est conforter cette personne… c’est aussi, sans la phagocyter, s’inscrire soi même dans cette dynamique, dans ce cercle vertueux de la confiance.

Si la violence engendre la violence, l’assertivité et le soin d’autrui peuvent stimuler à bon escient nos petits circuits de la récompense. La fraternité est richesse, l’admiration bien conduite n’engendre pas de jalousie et ne doit nous conforter dans la passivité. Reconnaître dans l’autre ce qu’il a d’admirable, c’est non seulement lui donner la plénitude de sa dignité mais c’est me reconnaître en lui. Au moins pour le challenge, l’enrichissement, l’émulation, l’encouragement à essayer, la joie du possible en l’autre.

Dans cette époque où la disqualification devient une discipline olympique sur les réseaux sociaux, je vois dans l’exercice d’admiration, une forme d’hygiène éthique, une volonté de se relier aux autres pour le meilleur plutôt que le pire…

Voilà donc pourquoi ce journal fera place régulièrement à ces petits exercices d’admiration…

Une réponse

  1. Ascoet dit :

    Ce texte est tellement beau à lire. Après plusieurs années à la direction d’une école ( avec la bienveillance d’un IEN qui faisait du bien) je suis aujourd’hui en SEGPA et ce texte me parle.. Il faudrait d’ailleurs qu’on en parle..

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