la mer interdite

L’affaire des 10 km

L’application !

Comme moi sûrement, lectrice ou lecteur, tu t’es empressé (ou empressée, oui je sais, comptez-pas sur moi pour abuser de l’écriture inclusive) d’aller chercher l’application qui permet de tracer un cercle de 10 kilomètres autour de ton habitation et selon ton humeur ou ton état d’esprit, tu auras râlé parce que ta forêt préférée n’entre justement pas dans ce cercle à 100 mètres près ou au contraire tu auras découvert ce “petit étang je savais pas qu’il existait, on ira voir mais on le dira pas à ta famille, faut pas être plus de six“.

Un haut fonctionnaire aurait tenté de mettre fin à ses jours

Comme moi tu t’es dit, “ouf ! plus besoin de se signer une attestation et de se trouver un motif de sortie”.
Il paraît que super déçu, ayant appris la chose en direct en écoutant à la télévision le plus beau président de la planète, le jeune fonctionnaire fraîchement émoulu de l’ENA, inventeur de ces attestations qui ont fait précédemment notre joie, aurait tenté de se suicider en se jetant de la fenêtre de son bureau heureusement située au rez-de-chaussée. Un peu longue ma phrase.

Pourquoi 10 km ?

Bon comme moi, tu as essayé de comprendre la logique : pourquoi 10 km ? c’est mieux que 1 mais moins bien que 30.

Car s’il est bon d’être en plein air à moins de six, en respectant les gestes barrière et en ne picolant pas (faut rester digne), on ne voit pas très bien le pourquoi d’une limite fixée à 10 km.

D’abord pour que la police vérifie, ce sera tartignole, auront-ils aussi une application homologuée ? Mais en toute logique, surtout en zone urbaine, une telle limitation va pousser à s’entasser dans les squares au lieu d’essaimer dans les forêts plus lointaines mais avec une densité minimisée…

On ne veut pas que le virus circule… mais il y a cette arrière fond d’une pensée bureaucratique désuète – au mauvais sens du terme car une bureaucratie qui organise, c’est bien- , cette pensée nimbée de moraline qui voudrait laisser croire qu’être sévère c’est être rigoureux alors que c’est souvent le contraire.

Ici, le préfet n’a pas attendu le président pour rétablir le port du masque dans toute commune du département à l’intérieur des limites que sont les panneaux.

‘Il faut bien des règles !” direz-vous et celle-ci semble simple.

Pourtant, elle est assez idiote quand on me voit tout seul, dans une rue absolument déserte avec mon masque. En revanche, un peu de rappel à mon supermarché dont le distributeur de gel ne fonctionne pas, un contrôle des circulations dans ces grands commerces où l’on se croise et recroise… cela aurait été intéressant.

Cette infantilisation des citoyens, assortie du mépris et des crises de nerf assez ridicules du premier ministre à l’Assemblée appuyées des coup de menton de l’adjudant chargé de la Santé, je crois que cela nous use autant que le reste.

Il aurait été possible d’imaginer une vraie responsabilisation de chacun : celle-ci passerait par une aide à l’auto-évaluation des pratiques, la recherche de ce que l’on peut améliorer pour soi et les siens et comment.

Combien ai-je d’interactions par jour, dans quel cadre, avec quelles personnes, que pourrais-je limiter ? Le rôle de l’État étant alors d’aider les citoyens à résoudre les problèmes concrets.

Il est très étonnant de voir la posture de cette équipe gouvernementale qui se chauffe toute seule sans stratégie cohérente et ne parvient plus à être en prise avec le réel concret, qui se paye de mots et d’annonces… et a perdu toute crédibilité tant chacune des étapes a été ratée lamentablement et ce d’autant plus qu’en même temps nous avons eu droit à des discours lénifiants ou outrageusement mensongers. Il y a de la fuite en avant dans cette posture… On passera l’entêtement du ministre de l’Éducation qui au nom de grand principes a refusé de voir la réalité. Peut-être bien qu’un jour il faudra rendre compte, l’ennui c’est que cela va nourrir les pires réflexes chez l’électorat. Enfin le risque est grand.

En temps de guerre, nous avons su transformer des usines et mettre du monde sur le pont pour fabriquer des armes. Aujourd’hui nous semblons à la remorque de fabricants de vaccin dont les pratiques restent opaques.

La Santé est bien trop sérieuse pour être déléguée à des intérêts privés.

Cela on, ne s’en souviendra qu’au prochain virus…

Obéissants jusqu’où ?

La provocation qui a consisté à obtenir l’assentiment du Parlement une fois les décisions prises a suscité le tollé dans toute l’opposition. C’était d’ailleurs une façon fort perverse du gouvernement que de venir ainsi se rengorger et tenter de prendre à défaut une opposition qui ne proposerait rien. Il y a tellement de mépris dans cette posture.

Les citoyens sont en apparence passifs. Le confinement et la peur isolent les gens. Mais le jour où il faudra bien passer à autre chose… ou le moment où la jeunesse s’énervera ici et là, ça risque de déraper… avec hélas le Parti de l’Ordre toujours en embuscade…

Muer sa colère en énergie créatrice

Rester dans le ressentiment c’est risquer de devenir aigri et moche au miroir. Comme je l’ai dit l’autre jour, toute cette affaire a réveillé d’abord un sentiment de colère. Surtout que ce n’est pas la première fois. Mais toute colère doit pouvoir être dépassée.

Il faut de l’humour, il faut pouvoir rebondir, se recentrer, se caler sur ses valeurs et oui, aller chercher dans ce rayon de dix kilomètres ces surprises, parfois toutes petites comme des têtards qui agitent la mare, ces chemins encore inexplorés, ces ruisseaux, ces talus peut-être… Poser le regard autrement sur cet univers proche, soulever les pierres, écouter les oiseaux, guetter les bestioles, nourrir sa patience de la beauté simple qui peut surgir au coin de la rue. Même en ville, il y a des graines tenaces capables de s’implanter dans le béton et des oiseaux qui savent être joyeux en sautillant sur le zinc.

Écrire, chanter, se relier, ne pas banaliser les choses, ne pas seulement patienter mais se transformer en n’oubliant pas les autres. Penser aussi à soi, en s’ouvrant, en se mettant en cohérence… et je sais disant cela à quel point mes mots peuvent sembler ridicules pour le soignant épuisé, le prof inquiet, le vieux tout seul, l’étudiant qui ne comprend pas le cours qui vient de lui être envoyé et qui en marre des pâtes pour lesquelles il n’y a même plus de fromage rapé, le gamin privé de sa grand-mère et de ses copains. Mais nous pouvons et devons résister. En trouvant des espaces pour créer, inventer, quelque soit le domaine, nous retrouver autrement, en coopérant les uns avec les autres et pour cela en renouant mine de rien le plus concrètement possible avec ce mot la fraternité qui s’adresse au meilleur de l’humanité en chacun de nous…

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Chronique n°1 – les 10 km

1 réflexion sur “L’affaire des 10 km”

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